La plus antillaise des villes anglaises

Mélissa Chemam
credit: Photo: Andrew Gustar
Photo: Andrew Gustar
Publié le : mardi 20 mars 2018
La lettre de l'étranger

La plus antillaise des villes anglaises

Berceau du trip hop et du pochoiriste Banksy, Bristol est rattrapée par son passé esclavagiste. Pôle artistique majeur depuis la fin des années Thatcher, cette ville portuaire doit beaucoup à son importante communauté antillaise, en pleine réappropriation culturelle.

On arrive à Bristol par le rondpoint Saint James Barton, lieu de rencontre connu de tous comme le Bearpit. Y trône une étonnante sculpture en matériaux récupérés: un ours mosaïque en carreaux de bois noirs et blancs. Baptisée Ursa, l’œuvre a été commandée en 2012 par le Conseil des Arts à l’artiste Jamie Gillman. Selon le sculpteur, Ursa rappelle que «toutes les bonnes choses restent possibles, même là où peu de ressources existent».

Un symbole parlant pour cette ville anglaise de 450000 habitants devenue Capitale verte de -l’Europe en 2015. Dans un pays connu pour ses banques et ses usines désaffectées datant de la révolution industrielle, Bristol fait figure d’exception: entourée des comtés ruraux du Somerset et du Gloucestershire, elle peut compter sur plus de 400 parcs, des fermes urbaines, des jardins partagés et une monnaie locale encourageant les circuits courts et les producteurs indépendants.

Au nord du Bearpit, Saint Pauls est un quartier notoirement jamaïcain. Collage de petites maisons victoriennes et de grands ensembles, il s’est complètement transformé avec l’arrivée, dans les années 1950, d’une main-d’œuvre venue des anciennes colonies—des Antilles et de -l’Afrique de l’Est. Grâce à l’essor de sa scène musicale et artistique ces dernières décennies, Saint Pauls a pris de nouvelles couleurs. En témoignent les graffitis le long de Stokes Croft, Jamaica Street, Nelson Street ou Cheltenham Road, les nombreuses salles de concert, les bars artistiques et les petites galeries d’art. Aujourd’hui, entre les cantines caribéennes poussent les cafés véganes.

«Bristol a beaucoup à offrir aux jeunes musiciens», m’explique Lady Nade, de son vrai nom Nadine Gingell, dans son studio au cœur de Saint Pauls. Cette femme à la longue chevelure bouclée est l’une des chanteuses les plus actives des cafés concerts de la ville. 

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