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Collectif
Publié le : jeudi 13 septembre 2018
Correspondances

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Du Nicaragua à la Russie, quatre correspondants nous racontent leur coin du monde.

Coordination: Clément Sabourin

La cinquantième étoile - Hawaï, États-Unis

Au sommet du Mauna Kea, volcan endormi et point culminant d’Hawaï, astronomes et activistes s’affrontent depuis octobre 2014. La cause: la construction d’un 14e télescope dans un rayon de 212 ha. Doté d’un miroir de 30 m de diamètre, le Thirty Meter Telescope (TMT) deviendrait le plus large observatoire astronomique du monde et l’un des plus puissants. Soutenu par les États-Unis, le Japon, la Chine, l’Inde et le Canada—qui s’est engagé à contribuer à hauteur de 243,5 millions de dollars sur 10 ans—, le projet est loin de faire l’unanimité. Si l’empreinte environnementale d’un tel développement suscite l’interrogation, ce combat est surtout celui de visions du monde aux antipodes: l’approche scientifique qui cherche à démystifier -l’Univers, versus la pratique d’une spiritualité où magie, mystère et nature s’entremêlent.

Selon le Kumulipo, un chant ancien racontant la création des iles d’Hawaï et l’apparition de ses habitants, Mauna Kea représente l’alliance entre la Terre et les cieux: il est le premier-né de Wākea, père ciel, et de Papahānaumoku, mère nature. Aujourd’hui, des centaines d’autels installés sur ses pentes honorent diverses déités hawaiiennes. Quant aux étoiles, les navigateurs polynésiens ont appris à les observer depuis plus d’un millénaire sans avoir besoin d’un télescope.

Les astronomes vénèrent Mauna Kea pour des raisons bien différentes. À 4208 m d’altitude, en plein milieu du Pacifique, l’air est sec, pur, peu venteux, et la pollution lumineuse, quasi inexistante: un endroit sans pareil pour étudier les astres. D’où le nombre de télescopes qui occupent déjà le sommet.

Si le TMT soulève tant d’oppositions, c’est aussi parce qu’il est devenu un symbole pour le mouvement anticolonialiste local. Depuis le coup d’État de 1893, bien des Hawaïens conçoivent la présence américaine comme une occupation illégale et contestent le statut de leur archipel comme 50e État. Dans ce contexte, la construction du télescope relève du droit d’un peuple autochtone à disposer des terres dont on l’a dépouillé.

Jusqu’à présent, aucune résolution claire. En septembre 2017, le permis de construction a bien été octroyé, mais depuis des manifestations ont empêché les travaux de débuter et la décision est de nouveau en appel devant la Cour suprême d’Hawaï. Si les procédures s’éternisent, les responsables du TMT se tourneront vers un autre archipel, probablement les Canaries, au large du Maroc.


Journaliste et photographe indépendante installée à Toronto, Laurence Butet-Roch s’intéresse aux questions de justice sociale et environnementale.

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