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Publié le : jeudi 13 septembre 2018
Correspondances

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À perte de vue - Burnaby, Colombie-Britannique

Du haut de la montagne Burnaby, le point de vue sur le chantier de Kinder Morgan est imprenable. Depuis novembre 2017, une poignée d’activistes environnementaux y scrutent l’horizon pour rapporter les faits et gestes de la société pétrolière texane qui veut tripler la capacité du pipeline. Bien que, d’en bas, rien ne laisse deviner sa présence, ce camp est devenu l’épicentre de la bataille contre l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain.

Le long d’un sentier bordé d’arbres, plusieurs tentes et habitations de fortune ont été installées à côté d’une cabane servant à la fois de cuisine en plein air et d’entrepôt aux manifestants. À quelques pas de là, la Watch House, une maison sur roues alimentée à l’énergie solaire, a été aménagée par les peuples autochtones Tsleil-Waututh et Squamish, qui refusent de voir le pétrole traverser leur territoire. Sur les pancartes, des dessins de mammifères marins et des messages accusant le gouvernement de Justin Trudeau de sacrifier la vie au nom du profit.

Le maire de Burnaby, qui ne porte pas le projet d’expansion de l’oléoduc dans son cœur, ferme les yeux sur l’existence du bivouac. Et si certains résidents du quartier voisin s’inquiètent de la présence de ce foyer de contestation à leurs portes, la plupart s’entendent pour rejeter les plans du pouvoir fédéral concernant l’exploitation des sables bitumineux albertains.

Mais la lutte contre Trans Mountain est avant tout portée par le gouvernement de la Colombie-Britannique, lequel oppose une fin de non-recevoir à Ottawa depuis 2014.

La raison est simple: le Canada ne peut tout simplement pas réduire son empreinte carbone comme il s’y est engagé lors de l’Accord de Paris sur le climat s’il fait passer le nombre de pétroliers de 60 à 400 par année dans le port de Vancouver.

La polémique s’est même intensifiée depuis mars, quand la cheffe du Parti vert du Canada, Elizabeth May, a été arrêtée avec une centaine d’autres manifestants pour avoir désobéi à une injonction interdisant de se tenir à moins de cinq mètres de l’entrée du site.

Et ce n’est pas l’annonce de la nationalisation de l’oléoduc, fin mai, qui a calmé les opposants. Les yeux rivés sur Kinder Morgan le jour, le nez dans les étoiles la nuit, les résistants de la montagne Burnaby, soutenus par les activistes du reste du pays, ne sont pas prêts à lever le camp.


Nora Chabib est une journaliste franco-marocaine qui travaille principalement comme reporter pour Radio-Canada. Après avoir exercé au Québec et en Saskatchewan, elle s’est récemment installée à Vancouver.

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