Chronique d’une dépression ordinaire

Émilie Laforest
 credit: Photo: Willem Van De Poll
Photo: Willem Van De Poll
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Idées

Chronique d’une dépression ordinaire

Qui se préoccupe du bienêtre des femmes en périménopause? Au terme d’une épopée médicale pavée d’embuches, d’incompréhension et de doutes, l’autrice décortique son histoire pour tenter de comprendre ce qui lui est arrivé. Et depuis quelques mois, l’anxiété qui la paralysait s’est dissipée. Complètement.

Je suis passée par là, moi aussi, j’ai fait ma dépression. À 43 ans, dans ma belle vie stimulante et pleine de défis, la lassitude et l’anxiété se sont installées en moi, et je n’ai pas pu garder la tête hors de l’eau, j’ai été forcée de plonger. Après plusieurs mois de fatigue mentale et d’estime de moi exécrable, de malêtre en somme, j’ai craqué. Je sentais que j’avais de plus en plus de mal à me calmer au quotidien, tant à la maison qu’au travail. Un soir, je suis rentrée chez moi et j’ai éclaté en sanglots en disant à mon chum: «Je ne peux plus, je ne veux plus y retourner.»

Le lendemain matin, en larmes, j’ai parlé à ma patronne et elle m’a dit: «Tu restes chez toi, t’inquiète pas, on va s’arranger.» Les collègues m’ont appelée, m’ont donné du soutien moral, ne m’ont jamais fait sentir que je les mettais dans la merde. Dans ce milieu de travail (la production télé), je me suis sentie super bien soutenue, dès le début de ce nouvel épisode de ma vie.

Le jour même de ma demande de congé, j’ai appelé la secrétaire du CLSC de mon quartier, et j’ai pu voir mon médecin de famille. L’un de ses rendez-vous avait été annulé et j’ai eu, top chrono, 15 minutes pour me rendre à la clinique. Il me prescrivait déjà de la sertraline, un antidépresseur qui a pour effet de diminuer la sensation d’anxiété. Il m’a dit, désolé: «Bon. Tu as tous les symptômes d’une dépression majeure.» Ça sonnait gros, mais c’était gros. 

Avant de prendre de la sertraline, j’avais déjà commencé à investiguer côté hormones. À 43 ans, j’étais quasiment convaincue d’être en périménopause, même avant la sortie du documentaire Loto-Méno de Véronique Cloutier. Ma mère avait eu sa ménopause à 40 ans et j’en ressentais déjà les magnifiques signes avant-coureurs; difficulté à dormir, bouffées de chaleur, anxiété, perte de contrôle émotif. En gros, je me sentais comme une vieille bicyclette rouillée qui vient de passer l’hiver dehors. 

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