Cinq façons d’instrumentaliser les femmes en politique

Alexandra Turgeon
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Publié le : mercredi 21 septembre 2022
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Cinq façons d’instrumentaliser les femmes en politique

Que ce soit pour ressusciter l’archétype de la parfaite ménagère ou pour se donner une posture woke, la classe politique travaille fort à séduire les femmes. Pour le meilleur, mais surtout pour le pire.

Considéré dans ce texte

Les «enjeux féminins» dans la campagne électorale provinciale de 2022. Les musulmanes. Les garderies. L’impact du mouvement #MoiAussi. «Le vrai monde». L’indécrottable cliché de la reine du foyer.

Tou·te·s les spécialistes s’entendent: c’est une mauvaise idée de construire un troisième lien reliant Québec à sa Rive-Sud. Pire, aucun·e expert·e ne souhaite risquer sa crédibilité pour appuyer publiquement ce projet, et le premier ministre sortant refuse de rendre publiques ses études de faisabilité1 «Troisième lien: Legault refuse à nouveau de dévoiler les études», La Presse, Hugo Pilon-Larose, 5 septembre 2022d’ici l’élection. Mais depuis la campagne électorale provinciale de 2018, François Legault s’est engagé à concrétiser ce projet: c’est maintenant son cheval de bataille pour la campagne de 2022. D’où vient donc cette passion du premier ministre pour l’ingénierie et le transport des résident·e·s de Lévis? Il serait naïf de croire que ça n’a aucun rapport avec les sondages2«Oui à un troisième lien, mais à quel prix?», Le Soleil, Thomas Laberge et Simon Carmichael, 6 septembre 2022 qui démontrent qu’une majorité d’électeur·trice·s de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches est en faveur du projet. Je crois aussi que M. Legault alimente adroitement la bonne vieille rivalité Québec-Montréal pour faire taire les critiques et défendre les partisan·e·s du pont. 

C’est de notoriété publique et des recherches le prouvent: pour aller chercher des votes, les spécialistes en communication-marketing engagé·e·s par les partis politiques peuvent aller jusqu’à conseiller l’adaptation, voire la création d’une plateforme alignée sur les résultats de sondages d’opinion. S’il est normal d’établir un dialogue avec les citoyen·ne·s, la frontière est mince entre une plateforme informée par des besoins et une stratégie politique opportuniste, par exemple quand un enjeu clé est certes populaire, mais aussi une catastrophe annoncée par les expert·e·s. 

La séduction passe aussi par la construction d’une image «authentique». Les candidat·e·s à la personnalité et au parcours inspirants ont de meilleures chances de gagner. Pensons aux cinq chefs de cette campagne. François Legault se présente habilement en homme d’affaires près du «vrai monde» et prône une politique du «gros bon sens.» Éric Duhaime, avec son bagage d’animateur de radio de Québec, se fait la voix des mécontent·e·s en concentrant presque exclusivement son programme aux enjeux de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches. À l’opposé, Gabriel Nadeau-Dubois peut jouer sur son expérience très médiatisée de leader du mouvement étudiant de 2012 pour séduire les jeunes électeur·trice·s de gauche, bien qu’on remarque qu’il s’adoucit pour casser cette image d’utopiste effronté. Paul Saint-Pierre Plamondon semble jouer la carte du jeune indépendantiste plein d’espoir pour restituer l’image vieillissante–plusieurs diront mourante–du Parti québécois. Finalement, Dominique Anglade doit souffler sur les braises de la confiance populaire envers le Parti libéral tout en se battant contre la discrimination que lui vaut le fait d’être la seule femme de couleur (et la seule femme tout court) à la tête d’un des cinq principaux partis.

Mais les politicien·ne·s doivent aussi saisir les modes, les frustrations et les peurs pour que leurs idées trouvent un écho et répondent à un «besoin» ou un «problème». En ce début de campagne, un curieux paradoxe s’installe. Démonter des pratiques ou des idées féministes est considéré comme un atout marketing—pensons seulement à l’image woke que Justin Trudeau tente de projeter3«Le féminisme qui vend», La Presse, Marissa Groguhé, 31 mars 2018. Au même moment, on sent des relents de conservatisme en ce qui concerne la place des femmes en société, qu’on préfère mères, épouses et prodigueuses de soins. 

Parler des femmes, en bien ou en mal, peut servir les partis. En vue des élections provinciales au Québec, voici cinq façons de les instrumentaliser en politique. 



Annoncer en grande pompe le nombre de femmes candidates dans son parti

Si l’on compare avec les campagnes provinciales précédentes, le fossé entre les genres se rétrécit. Lors du dévoilement de leurs candidat·e·s, Québec Solidaire4«Québec solidaire présente 70 femmes parmi ses 125 candidats aux élections», Radio-Canada, 27 aout 2022 et la CAQ5«Deux partis disent avoir plus de 50% de candidates aux prochaines élections», Le Devoir, Morgan Lowrie, 27 aout 2022 ont fièrement annoncé que plus de la moitié de leur équipe était composée de femmes. Leur nombre est souligné et porté comme un badge de progressisme. 

En donnant des chiffres sur la proportion de femmes dans leur effectif, les partis présentent un avantage comparatif facile à observer. Nul besoin de pousser plus loin les mesures féministes, l’association est implicite entre ces annonces et des valeurs progressistes. Mais on parle peu des mesures d’équité après la campagne, alors que le milieu politique est structuré selon une socialisation typiquement masculine et que les femmes sont moins prises au sérieux, vivent du harcèlement et ont plus de difficulté avec la conciliation travail-famille6«Il y a vraiment plus de femmes que d’hommes qui ont décidé de ne pas se représenter aux élections», Rad.ca, publication instagram, 4 septembre 2022.


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