L’euphorie dans ma bouche

Xavier Gould
 credit: Photo: Xavier Gould
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Idées

L’euphorie dans ma bouche

Dans sa langue prise entre Shediac, Moncton et Montréal, ce·tte poète originaire du Nouveau-Brunswick revendique le droit de diverger du français des autres pour créer des œuvres qui lui ressemblent.

L’insécurité linguistique, c’er la thing qui arrive quance que des forces externes te font feeler tellement bad about la way que tu parles, que tu end up à te censurer pis tu arrêtes de t’exprimer de façon authentique. C’er un terme important pour contextualiser une partie universelle des minorités linguistiques, but chu fucking tanné·e d’en parler! 

Le terme «insécurité linguistique» peut être usé dans plein de contextes. D’habitude though, on le use quance que du monde en position de privilège dans la hiérarchie francophone nous font feeler comme de la marde, nous autres qui parlent pas le «bon» français. But, pourquoi’ce que j’userais un terme qui encourage un narrative de victimisation me rendant responsable de l’ignorance des autres?  

Ej pourrais passer une vie à raconter les différentes microagressions qui m’ont fait feeler insécure dans ma langue maternelle, but la pire qui revient le plus souvent, c’er quance que les Québécois·es barf up des mauvaises impressions caricaturales de moi, right en avant de ma face, unprovoked. Me jokes-tu? Pourtant, quance que les Québécois·es se font corriger par un·e Français·e pis zeux feelent de la frustration, on les victime blame pas, on acknowledge leur microagression.

En tant qu’Acadien·ne qui parle pis écrit le chiac—un dialecte francophone riche en histoire pis en culture—, chu tanné·e de me définir par un terme qui me place perpétuellement en infériorité par rapport au français des autres. C’er pour ça que from now on, ej va laisser les autres dealer avec leurs own insécurités face à la way qu’ej parle, pis moi, ej va leader avec l’euphorie linguistique.

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Leader avec l’euphorie

Pour moi

C’er quance qu’ej roule mes r

C’er quance qu’ej parle à mes friends


C’er quance qu’ej parle aux étoiles 

Comme ma mémére
Comme mon pépére
Comme mes voisin·e·s qui jouent à kick-the-can
Comme le soir
À 16 ans
Su ma flip phone
Quance qu’ej txt mon boyfriend
Pis qu’ej type «chtm r8, i hope tu fais der bons rêves! swoira demain <3»
Because c’er demême qu’ej le dirais en vraie vie 
Pis Mme St-Amant de français 12
Er pas là pour corriger ma passion

Leader avec l’euphorie 

Pour moi

C’er user des mots en anglais 

Because qui sont actually en français dans ma tête
Because que j’ai grandi yousque les deux langues flow
Pareil comme la marée 

C’er user des adjectifs en anglais

Because que at least là j’ai pas besoin d’être un grand garçon
Ou une belle fille
Ej peux juste être hot à la place

C’er écrire «ére» 

But jamais «ère»

C’er dire lobster roll

Jamais guédille

C’er te faire servir en anglais 

Pis catcher leur accent mid-conversation 
So tu switch en chiac

C’er blette

Pas pénis

C’er échureau 

Pas écureuil

C’er subler 

Pas siffler

C’er toutes les mots 

Pis les moments 

Qui rendent ma vie

Fondamentalement différente de la tienne

But toujours aussi belle

La mer pis ma mére sont pas la même chose

Même si yelles sont semblables dans leur force

Partager cte beauté-là 

Ça se fait pas quand t’er insécure


Y’a tellement de power dans les différentes way que différentes personnes parlent, pis ej veux p’us vivre dans le shadow d’une hiérarchie francophone. Le 6 mars, mon premier recueil de poésie, des fleurs comme moi, est sorti. C’er écrit complètement en chiac pis oui, y’a des «fautes», y’a un accent pis y’a des expressions acadiennes. Pis I hope que le monde vont choisir de voir mon euphorie, à la place d’assister à l’invisibilisation de mon dialecte. 


Xavier Gould est poète, artiste de théâtre et dragqueen. Iel se produit d’ailleurs sur les scènes du Nouveau-Brunswick et du Québec sous le nom de Chiquita Mére. On le·a connait aussi pour ses vidéos TikTok vraiment très drôles, parfois tournées avec l’autre reine acadienne Sami Landri—sa tendre moitié.


Pour aller plus loin

des fleurs comme moi, un recueil de poésie de Xavier Gould publié aux Éditions Prise de parole

«(In)sécurité linguistique: de quoi parle-t-on?», Université d’Ottawa, 9 mars 2021

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