Agir pour la nature

Coralie Beaumont
 credit: Photo: Nancy Guignard
Photo: Nancy Guignard
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Transition

Agir pour la nature

À Sherbrooke, un regroupement citoyen se bat pour protéger à perpétuité un immense boisé au cœur de la ville. Recette pour une mobilisation réussie.

Mathieu Vinette, le président bénévole de l’Association pour la valorisation et la protection du boisé Ascot-Lennox, ne craint pas l’ampleur de ce projet de conservation (le boisé fait 284 hectares—presque trois fois les plaines d’Abraham—et appartient à des centaines de propriétaires différent·e·s). Au contraire. «Je pense que cela nécessite un minimum de superficie pour défendre la pertinence du projet, sur tous les aspects. Par exemple, quand vient le moment de trouver des subventions, il faut minimum 200 hectares pour parler d’un écosystème», explique-t-il.

Pour lui, la véritable ambition est de vouloir préserver la nature au cœur de la ville. «Ça, c’est… contre nature!» lance-t-il. En effet, il aurait été plus facile de convaincre quelques propriétaires en milieu rural de conserver leurs grands territoires forestiers. Dans le cas du boisé Ascot-Lennox, «il y a plus de 800 lots, en plein centre-ville, qui sont certainement ciblés par des tas de promoteurs. Mais voilà… nous, on veut les protéger».

Le moteur de cette motivation réside dans la conviction que sauver le boisé, «c’est ce qu’il faut faire», notamment au sortir d’une pandémie et dans le contexte des changements climatiques. «L’humain est vulnérable et ne pourra pas exploiter la nature ad vitam æternam. La nature fournit de nombreux services dont on n’a pas toujours conscience et fournira encore des services vitaux dans le futur», rappelle-t-il.


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Deux coups d’avance

Rétrospectivement, Mathieu Vinette est d’avis que le temps a été particulièrement bénéfique à l’association, créée en 2021. Car le boisé n’était pas menacé à court terme, ce qui change la donne par rapport à l’urgence d’une mobilisation face aux pelles mécaniques. Cette circonstance a permis aux membres de s’informer correctement. «Il fallait comprendre le boisé. Combien y a-t-il de terrains? Qui sont les propriétaires? Quel est le zonage? Au début, l’objectif était l’acquisition de données variées et des rencontres avec d’autres organismes et des experts.».

Après un an, l’association informelle est devenue un OBNL crédible, propriétaire depuis 2022 d’un premier terrain dans le boisé grâce à une campagne de sociofinancement. Suscitant l’attention des médias, de la population et des élu·e·s, l’APVBAL a notamment obtenu, en 2023, une bourse de 5 000 dollars du Fonds d’investissement citoyen de la députée solidaire Christine Labrie, ainsi qu’une aide financière de la Fondation de la faune du Québec pour réaliser un plan de conservation, en collaboration avec Nature Cantons-de-l’Est. Et l’histoire ne s’arrête pas là. L’APVBAL ambitionne désormais de s’enregistrer comme organisme de bienfaisance pour bénéficier de subventions et délivrer des reçus donnant droit à des déductions d’impôts afin de titiller les philanthropes sensibles à la protection du vivant.

Ainsi, alors que la Ville de Sherbrooke envisage de faire du boisé un parc régional, l’APVBAL est en position pour en demander davantage. Elle pousse d’ailleurs à la création d’une fiducie d’utilité sociale. Cet outil juridique en pleine redécouverte a un potentiel intéressant, notamment pour la conservation des milieux naturels, car il permettrait de protéger le boisé à perpétuité, et ce, grâce à une double vocation, par exemple la conservation du milieu naturel pour les générations futures, assortie d’un accès plein air pour la population actuelle.


Des circonstances favorables

Mathieu Vinette retrace l’origine de cette mobilisation à un webinaire organisé en mars 2021 par Sherbrooke Citoyen, le parti politique municipal chapeauté par la mairesse Évelyne Beaudin. À cette occasion, l’avocat et biologiste Jean-François Girard a présenté des outils légaux à la disposition des municipalités désireuses de protéger leur territoire, dont les FUS. S’en est suivi un court exposé sur les enjeux de développement du boisé Ascot-Lennox.

Alors que la protection de la nature était dans l’air du temps avec la pandémie, cette conférence a donc fait écho à des réalités locales et à des enjeux concrets pour la communauté sherbrookoise, selon M. Vinette. D’ailleurs, la rencontre a dû être diffusée simultanément sur Facebook Live, puisque la limite de 100 participant·e·s sur Zoom a été atteinte dès le début de l’évènement! Le président souligne également la création, dans la foulée, d’un groupe Facebook pour la protection du boisé, ce qui a permis aux citoyen·ne·s de se réunir et, ainsi, de créer un terreau propice à la constitution de l’association.

S’il admet que le soutien d’élu·e·s de Sherbrooke facilite les démarches de l’APVBAL, il se montre catégorique: «Il ne faut surtout pas se dire que si le contexte municipal n’est pas favorable, il ne faut pas le faire. Les temps changent et il y a des élections tous les quatre ans. C’est donc un élément important à considérer, mais qui ne devrait pas freiner les citoyens à aller de l’avant pour la protection de la nature.» •


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D’autres initiatives locales pour la transition


  •  credit: Photo: Sandrine Archambault
    Photo: Sandrine Archambault

Une formule prometteuse pour la relève agricole

C’est en juillet 2019, à Coaticook, qu’a vu le jour la fiducie d’utilité sociale agricole du 9e Rang, une FUSA qui gère une terre de 36 hectares. La plus-value de ce modèle prévu par le Code civil du Québec est qu’il couple la protection d’un terrain avec une vocation, et ce, à perpétuité. En effet, bien qu’une loi de 1978 protège le territoire agricole des projets immobiliers, rien n’oblige à l’exploiter. Dès lors, plusieurs terres nourricières ont été converties en résidences secondaires de campagne. «C’est très important de garder les terres agricoles accessibles, et tout aussi important de les garder en production agricole», rappelle Michael David Smith, l’un des fiduciaires. La FUSA du 9e Rang protègera donc la terre des intérêts financiers et, en plus, permettra d’y greffer une vocation d’agriculture biologique à perpétuité, avec des volets éducatifs et scientifiques.

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    Photo: YHC Environnement

L’autopartage se renforce en région

La mobilité durable continue de s’étendre en région, avec l’adhésion de la petite municipalité de Martinville au système SAUVéR, un principe innovant grâce auquel les Villes peuvent mettre les véhicules municipaux, idéalement électriques, à la disposition de leurs résident·e·s en dehors des heures de service. Contre une somme modique, les gens peuvent, par exemple, les emprunter pour leurs emplettes ou un déménagement via la plateforme de SAUVéR. Une camionnette de Martinville rejoint ainsi le parc de véhicules d’une quarantaine d’autres villes qui embarquent dans l’autopartage et, plus largement, dans l’économie de partage. En effet, pourquoi s’arrêter aux véhicules alors qu’avec SAUVéR il est possible de partager des outils, des kayaks ou encore des tondeuses avec les habitant·e·s… et même avec des municipalités voisines!

  •  credit: Photo: D’ICI 2031
    Photo: D’ICI 2031

Un projet immobilier remarquable

Sur le site historique du couvent des Petites Sœurs de la Sainte-Famille, au pied du mont Bellevue, dans la ville de Sherbrooke, on assiste à l’aménagement d’un milieu de vie visant à concilier des enjeux à la fois urbains, sociaux et écologiques. Situé sur un axe stratégique de mobilité et à quelques pas de l’université, l’Humano District comptera plus de 682 appartements abordables, notamment destinés aux mères de familles monoparentales. La rénovation de la bâtisse ancestrale permet déjà d’accueillir un CPE et des organismes communautaires et culturels. De plus, 40% du terrain a été cédé pour s’ajouter à la création d’une réserve naturelle adjacente, pour le bienêtre des futur·e·s occupant·e·s. L’art n’est pas en reste puisque les corridors centenaires sont devenus des ruelles intérieures qui invitent à flâner et à socialiser devant des expositions artistiques.

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