Pour une mobilité qui profite à tout le monde

Gabriel Beauchemin
Photo: Nancy Guignard
Publié le :
Transition

Pour une mobilité qui profite à tout le monde

La Ville de Laval cherche à développer sa mobilité active, mais non sans rencontrer quelques défis. Tour d’horizon.

Les vélos Bixi, désormais emblématiques de l’ile de Montréal, sont peut-être en train de connaitre le même engouement sur l’ile voisine. La «flotte» lavalloise a connu la saison dernière une hausse marquée de popularité, avec une augmentation de 7,5% du nombre de vélos loués ou rapportés sur le territoire entre le 15 avril et le 15 novembre 2024. Et l’expansion du service s’accélère: près de trois fois plus de stations seront accessibles pour la saison 2025, ce qui en portera le total à 75.

Pour encourager l’adoption de ces modes de transport, la Ville de Laval offre une subvention couvrant une partie des frais d’abonnement au service de vélo-partage. Un service de trottinettes électriques en libre-service a connu également une première saison complète en 2024, enregistrant 47 800 déplacements au total, de la mi-mai à la mi-novembre.

«On est heureux de voir que les gens sont au rendez-vous, souligne d’emblée le maire de Laval, Stéphane Boyer. Il y a quelques années, on a décidé d’agrandir le réseau cyclable et le réseau piétonnier et de diversifier nos modes de déplacement à Laval, d’où l’incorporation de Bixi et des trottinettes sur notre territoire. On veut offrir une panoplie de choix.»

Autres développements de taille sur le plan de la mobilité active: selon les données fournies par la Ville, l’ile Jésus comptait 340 kilomètres de voies cyclables à la fin de l’année 2024, soit près de deux fois plus qu’en 2014.

«Ce n’est pas pour des raisons idéologiques, mais simplement parce que c’est un bon choix de société, insiste le maire. Se déplacer à pied, à vélo ou à trottinette, c’est bon pour la santé, ça ne coute pas cher en infrastructures, c’est bon pour l’environnement et ça ne prend pas beaucoup d’espace dans une ville. Donc c’est un choix qui me semble très rationnel.»

Ces différentes initiatives ont d’ailleurs permis à Laval de se voir décerner la certification de niveau argent du mouvement VÉLOSYMPATHIQUE de Vélo Québec, en septembre 2024.

Publicité

Parmi les bons coups de Laval, on peut noter la création de deux parcs d’éducation cycliste (où enfants et adultes peuvent apprendre les différents dispositifs de signalisation routière et apprivoiser les déplacements à vélo en toute sécurité), l’entretien du réseau cyclable pendant l’hiver et la réduction de la limite de vitesse à 30 kilomètres/heure pour la majorité des rues du territoire. «Une bonne planification doit aussi concerner les voitures, précise Jean-François Rheault, président-directeur général de Vélo Québec. Aux endroits où il n’y a pas d’infrastructures cyclables, si les voitures roulent plus lentement, c’est plus facile pour les cyclistes.»


Une ville aménagée autour de l’automobile

Malgré tout, sur ce territoire aux boulevards larges et aux stationnements imposants, force est de constater que la voiture demeure centrale.

«On ne se le cachera pas, c’est sûr que la ville de Laval a été aménagée pour des déplacements en voiture», indique Jean-Philippe Meloche, professeur à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal.

C’est parce qu’elle souhaitait quitter les quartiers denses de Montréal qu’une partie de la population s’est déplacée vers les grands espaces de Laval, où l’utilisation de l’automobile est plus commode, souligne le professeur. Elle n’est donc pas tentée d’y renoncer maintenant.

Les défis que ce type d’aménagement génère deviennent d’autant plus nombreux lorsqu’il s’agit de changer durablement les habitudes en matière de déplacement. Par exemple, les distances peuvent devenir rapidement très grandes entre les différents commerces, résidences et milieux de travail, et le territoire est quadrillé par plusieurs autoroutes, ce qui rend le recours au vélo ou à la marche plus difficile.

«La traverse des autoroutes, c’est un élément important à considérer, selon Rheault. Lorsqu’on va faire un déplacement à pied ou à vélo, notre décision va se prendre en fonction du maillon le plus dangereux. J’ai beau avoir dix kilomètres à faire sur des pistes cyclables, si j’ai un seul coin de rue où je ne me sens pas en sécurité, je ne vais pas choisir de prendre mon vélo.»

Et cette question de la sécurité, elle concerne également les piéton·ne·s. Pour améliorer la cohabitation avec les automobilistes et rendre les trajets plus agréables, il faut aménager plus de trottoirs, suggère François Pépin, agent des communications à l’Association pour le transport collectif de Laval. «Pour la sécurité des gens, pour qu’ils puissent rejoindre le boulevard où passe l’autobus», souligne-t-il.

Seuls 30% du territoire de la ville sont dotés de trottoirs, précise le maire Boyer, qui ajoute que son administration en construit de nouveaux chaque année.


Publicité

Le potentiel des anciens cœurs villageois

Une des solutions pour tenter d’améliorer la mobilité durable dans une ville où l’automobile laisse encore sa marque? Selon Meloche, il faut encourager les déplacements piétons là où ils sont déjà possibles, comme à Laval-des-Rapides ou dans le Vieux-Sainte-Rose.

«Il y a de petits noyaux comme ça un peu partout à Laval qui sont en fait d’anciens cœurs villageois, des petits quartiers qui ont déjà les caractéristiques de marchabilité. On n’a pas besoin de les construire, ils existent», explique le professeur.

Même si le transport en commun peut représenter un outil important lorsqu’il est question de diminuer les gaz à effet de serre liés au transport, le professeur soutient qu’il faut aussi accorder davantage d’espace aux piéton·ne·s dans les quartiers plus denses et plus piétonniers. À son avis, c’est grâce à de telles stratégies que pourraient se réaliser les gains les plus importants et les plus rapides.

Selon lui, c’est même la clé à de nombreux endroits au Québec à l’heure actuelle. Beaucoup de villes misent sur un mode de transport en commun lourd et structurant, comme Laval avec son métro, mais il existe un potentiel plus grand dans la transformation des quartiers eux-mêmes.

«Certaines personnes diront: “Oui, mais de toute façon je prends ma voiture pour aller travailler.” C’est correct, nuance-t-il. Ce qui est problématique, c’est prendre la voiture pour aller à la garderie, à l’école, au dépanneur, à l’épicerie et pour aller travailler. Si on est capable d’enlever deux trajets en voiture là-dedans, on a fait un pas dans la bonne direction.»

Pour les endroits où la densité est moins forte, les vélos à assistance électrique peuvent également représenter un outil efficace pour ceux et celles qui souhaiteraient limiter l’utilisation de l’automobile.

«Lorsqu’on met des pistes cyclables, certaines personnes sont fâchées parce qu’elles ne sont pas cyclistes, poursuit-il. C’est là qu’il faut leur parler et leur dire qu’elles ne sont pas le public cible, mais que ce n’est pas grave. On veut que la mobilité soit plus durable, on veut réduire la place de l’automobile, mais on ne va pas éliminer les automobiles.» Le professeur Meloche ajoute d’ailleurs que ces personnes aussi circuleront mieux, justement parce que le nombre d’automobiles en général aura été réduit. Malgré ce qu’on en dit parfois, les politiques publiques au service du développement de la mobilité active sont donc au service de tous et de toutes.


Gabriel Beauchemin est journaliste spécialisé dans les questions entourant les changements climatiques. Il est candidat à la maitrise en études politiques appliquées, cheminement en environnement, à l’Université de Sherbrooke.

D’autres initiatives locales pour la transition


Vers une meilleure gestion des eaux de pluie

La Ville de Laval fait face aujourd’hui à des enjeux importants de gestion des eaux de pluie. Les inondations causées par la tempête Debby à l’été 2024, qui a déversé plus de 160 millimètres de pluie sur la région en moins de 24 heures et endommagé de nombreuses routes et résidences, en représentent un exemple éloquent. Pour tenter de se préparer à ces épisodes qui sont appelés à se multiplier avec les changements climatiques, le Conseil régional de l’environnement (CRE) de Laval souhaite soutenir les propriétaires d’immeubles et les promoteur·trice·s dans l’aménagement d’infrastructures vertes et bleues avec son projet «RétenCité». Ces infrastructures constituées d’espaces végétalisés servent à recueillir et à retenir l’eau en période de pluie abondante, pour éviter que le réseau d’égout ne soit surchargé. Elles contribuent également au verdissement des milieux de vie et à la captation du CO2.


  • Photo: movephotography

Diminuer le gaspillage

Mine urbaine est un organisme à but non lucratif fondé en 2020 dont la mission est de revaloriser des matières de toutes sortes, que ce soit des chaises, des meubles, des jouets ou des matériaux, pour leur donner une seconde vie ou les réintégrer dans les processus de fabrication de nouveaux produits. L’organisme vise ainsi à diminuer le gaspillage de ces ressources et à favoriser le développement d’une économie régénératrice. Mine urbaine offre également des services spécialisés en écodesign et tient une boutique, où il est possible de se procurer des articles de seconde main, et une matériauthèque, pour qui serait à la recherche de matériaux de construction.

3206, desserte sud, autoroute 440, Laval

Continuez sur ce sujet

Atelier 10 dans votre boite courriel
S'abonner à nos infolettres