«Folichonneries», ou une grande histoire d’amour non monogame

Photo: Priscillia Piccolo
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L’entrevue

«Folichonneries», ou une grande histoire d’amour non monogame

Dans la comédie Folichonneries, qui prend l’affiche ce vendredi, Catherine Chabot et Eric K. Boulianne incarnent avec un naturel désarmant un couple complice, mais éteint par les années et le poids du quotidien qui renoue avec sa sensualité en s’ouvrant à la non-monogamie. Et qui s’épanouit dans cette liberté nouvelle.

  • Catherine Chabot et Eric K. Boulianne campent Julie et François dans le film «Folichonneries».
    Catherine Chabot et Eric K. Boulianne campent Julie et François dans le film «Folichonneries».
    Photo: Priscillia Piccolo

«C’est un film d’amour, avec des embuches, mais à travers un modèle non monogame, qu’on voit moins souvent», décrit Eric K. Boulianne, également réalisateur et coscénariste de Folichonneries, en entrevue au Club L, repaire libertin montréalais que fréquente son personnage. 

«Le film est plein d’empathie, d’amour, de réflexions, de questions», affirme à son tour, solaire, Catherine Chabot, comparant le couple à deux plantes qu’on extirpe de la garde-robe pour les exposer aux rayons sur le bord de la fenêtre. «Des fleurs poussent, des fruits veulent être dégustés, on passe à la lumière», image-t-elle. 

Et de la lumière, Folichonneries, qui allie humour et sensibilité, en est gorgé (et pas seulement parce que ses superbes images sont imprégnées de la chaleur de la pellicule). 

Sans occulter les embuches auxquelles se butent les protagonistes dans leur exploration du couple ouvert et du polyamour, le film ose présenter un couple à qui ce modèle non conventionnel réussit.

Je pense qu’on va au bout de notre idée. Tant qu’à faire un film d’amour qui tente d’épouser ce modèle, on ne voulait pas d’une fin où finalement, eille, ça ne marche pas. Est-ce que ça va fonctionner jusqu’à la nuit des temps? Ça, je m’en sacre. L’important, c’était de montrer qu’à un certain point, les personnages ont trouvé un modèle qui leur plait et qu’ils ont réussi à se retrouver là-dedans. Et ça, pour bien des gens, c’est confrontant.

Eric K. Boulianne, réalisateur et coscénariste de «Folichonneries»

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Pour bien d’autres, en revanche, ce parti pris s’avère salutaire. Au Festival international du film de Toronto, où le long métrage a été présenté l’an dernier, des spectateur·trice·s ont remercié en grand nombre l’équipe d’avoir dépeint de façon respectueuse un modèle non monogame à l’écran, «une représentation qu’on ne voit pas souvent», a maintes fois entendu le cinéaste. 

«Peu importe la formule, Julie et François redécouvrent l’amour qu’ils peuvent recevoir et donner», souligne Alexandre Auger, qui coscénarise Folichonneries avec son ami et partenaire créatif de longue date. 

«Ils redeviennent des êtres désirants et désirés, renchérit Catherine Chabot. Le film élève, c’est une caresse aux gens en ces temps si sombres. Il y a de quoi de tellement réconfortant, chaleureux, de profondément humain dans votre écriture, dit-elle, se tournant vers les scénaristes. Ça a l’effet d’une dose d’amour.»

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  • Eric K. Boulianne, dans une scène du film «Folichonneries»
    Eric K. Boulianne dans une scène du film «Folichonneries»
    Photo: Priscillia Piccolo

Flot de témoignages  

Le réalisateur de Folichonneries en convient: ses 20 ans en couple monogame n’ont pas été exempts de questionnements inhérents au désir et à la sexualité. 

Voyant autour de lui des couples se redéfinir, expérimenter le polyamour ou le couple ouvert, le père de famille a voulu explorer ces avenues par ce qu’il sait faire de mieux, l’écriture, conviant dans l’aventure scénaristique son confident Alexandre Auger. «Connaissant Eric, je savais que ce ne serait pas traité de façon grossière, qu’il y aurait de la profondeur et de l’intelligence derrière le film, malgré le ton humoristique qu’on peut emprunter par moments», indique le scénariste, également père et en couple depuis des années.

En cours d’écriture, il suffisait à Eric K. Boulianne de révéler le sujet de son prochain film pour que fusent les épanchements. Cumulant les témoignages de couples ouverts, les coscénaristes se sont aussi renseignés sur le vocabulaire des divers modèles relationnels. 

À chacun·e ses folichonneries

Les coscénaristes ont plongé dans le sujet un peu comme l’ont fait leurs protagonistes: avec la candeur et la curiosité de néophytes en quête de nouvelles expériences. «Julie et François sont naïfs, ils ne savent pas dans quoi ils s’embarquent, ils ne connaissent pas le langage à la base, ils explorent—et je trouve ça beau», s’émeut Catherine Chabot.

Les protagonistes essaient des choses, se trompent, s’adaptent à ce que l’autre ressent, ont du plaisir, découvrent leurs propres préférences: Julie, la volupté auprès d’un couple de femmes polyamoureuses; François, les pratiques BDSM. «Au cinéma, le BDSM est souvent dépeint comme quelque chose de très dark, mais ici, c’est positif, fait valoir son interprète. Ça l’aide à se retrouver.» 

Au fil de ses expériences, le couple que forment Julie et François évolue, non sans se frotter en cours de route au doute, à la fragilité, à la souffrance. «Si tu veux ouvrir ton couple de façon mature émotionnellement et avoir de vraies relations engageantes avec des humains, ça va être bien plus complexe qu’ouvrir [l’application] Field et coucher avec quelqu’un», fait observer Alexandre.

«Ça reste des relations humaines, qu’elles soient monogames ou polygames, rappelle son partenaire de création. Mais leurs angles morts, leurs remises en question ouvrent la voie à des discussions adultes», Julie et François apprenant à communiquer avec maturité, sans honte ni jugement.

  • Florence Blain Mbaye et Catherine Chabot dans une scène de «Folichonneries»
    Photo: Priscillia Piccolo

Il y a quelque chose que je trouve déphasé dans notre société: c’est comme si on tenait pour acquis que les couples monogames devaient désirer les mêmes choses, de la même manière, tout le temps. Mais ça se peut que l’un des deux veuille autre chose. Et qu’est-ce qu’on fait? On l’éteint? Il y a moyen de rester curieux et de s’épanouir là-dedans, que ce soit dans l’ouverture du couple ou pas.

Alexandre Auger, coscénariste de «Folichonneries»
  • Catherine Chabot dans une scène de «Folichonneries»
    Photo: Émile Dufresne

Au-delà du sexe

Au-delà de l’exploration charnelle, l’ouverture du couple se révèle pour les personnages une quête identitaire. «C’est une ouverture qui n’est pas que sexuelle; elle est aussi émotive, soutient Eric K. Boulianne. Celle de François l’aidera à aller chercher l’aide psychologique dont il a besoin.» 

Si le cinéaste de Folichonneries avoue avoir eu au départ quelques craintes à l’idée d’aborder les relations amoureuses hors normes, le fait d’avoir adopté une démarche sensible, mu par son intérêt et sa curiosité sincères envers le sujet, permet à son avis de toucher tant les gens adhérant à ces modèles amoureux atypiques que les personnes leur préférant la monogamie.

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