Édouard Tremblay-Grenier: l’amour de la musique québécoise

Caroline Bertrand
Photo: Éléonore Delvaux-Beaudoin
Publié le :
L’entrevue

Édouard Tremblay-Grenier: l’amour de la musique québécoise

L’auteur-compositeur-interprète et comédien fait paraitre ce vendredi un premier album rock-pop alternatif des plus aboutis, facétieusement intitulé François Roberge. Entrevue avec l’artiste de 23 ans qui n’en est guère à ses balbutiements musicaux.

Du haut de ses 23 printemps, Édouard Tremblay-Grenier évolue sur la scène culturelle depuis de nombreuses années, comme comédien à la télé et au cinéma (Genèse, Les affamés, Les démons…), mais également comme musicien, le guitariste ayant notamment accompagné sur scène Gab Bouchard et Mara Tremblay—son iconique mère—en plus d’avoir fait partie du house band du spectacle de la Fête nationale sur les plaines d’Abraham en 2024. 

Riche d’un substantiel bagage et entouré de complices de haute voltige, l’auteur-compositeur-interprète à la voix douce présente un premier album rock-pop alternatif des plus aboutis, facétieusement intitulé François Roberge—jetez un coup d’œil à ses réseaux sociaux pour découvrir de qui il s’agit. Se traversant tel un voyage sonore, son opus aux mélodies distinctives nous emmène d’une première moitié à la facture plus pop, groovy et accrocheuse à une seconde plus atmosphérique et low-fi, agrémentée de guitares parfois abrasives

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Édouard Tremblay-Grenier n’en est guère à ses balbutiements musicaux. À 13 ans, il composait sa première chanson, et n’a jamais cessé depuis. «J’ai toujours énormément composé, des fois quatre tounes par jour», relate-t-il en entrevue dans un café du Plateau Mont-Royal. 

D’abord des pièces en français, qu’il n’aimait pas, mais qu’il devait expulser. Le mélomane substitua ensuite l’anglais à sa langue première, à une période de sa vie où il se disait «complètement déconnecté de la culture québécoise», s’en tenant à ce qu’écoutaient sa mère et son père, l’humoriste et musicien Daniel Grenier. «L’anglais m’a permis de débloquer de quoi», dit-il. Non seulement créer constituait un exutoire, mais il aimait de surcroit ses chansons. 

Puis il ne connut rien de moins qu’une épiphanie en assistant à un concert de Robert Charlebois aux Francos il y a quelques années. «Qu’est-ce qui se passe? C’est donc ben bon! a-t-il alors pensé. Je voyais 40 000 personnes chanter les paroles, brandir des drapeaux du Québec.» Et Philippe Brach de succéder sur scène au vétéran, en concert surprise: «Deux styles totalement différents, mais qui représentent les deux le Québec.» 

Édouard a voulu comprendre ce qu’il venait de vivre—«c’était trop puissant». Il se plongea alors dans une vaste exploration de la musique franco-québécoise, de Gilles Vigneault à Lou-Adriane Cassidy en passant par Fred Fortin et Stéphane Lafleur. Et troqua, du jour au lendemain, l’anglais contre la langue d’Ariane Roy.

Ses parents ont également énormément influencé l’artiste qu’il est devenu. 

  • «François Roberge», d’Édouard Tremblay-Grenier
    Image: Spectra Musique

«J’ai la chance d’être très fan de mes parents. En m’en venant, j’écoutais Le chihuahua—j’écoute la musique de ma mère. Je vais voir les shows de mon père. Mais je suis fan de mes parents comme je serais fan de n’importe quel artiste. Ils n’ont pas juste une place dans ma vie artistique parce que ce sont mes parents; ils l’ont parce que je les admire.»

Édouard Tremblay-Grenier, auteur-compositeur-interprète
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  • Photo: Éléonore Delvaux-Beaudoin

Un premier album

Édouard désirait depuis longtemps faire un album. L’idée initiale de mini s’est néanmoins promptement muée en projet d’album long, ses coréalisateurs de renom, le multi-instrumentiste Pierre Fortin et le guitariste Jean-Sébastien Chouinard, l’encourageant en ce sens.

L’enregistrement de François Roberge, sur lequel résonnent les claviers des pointures François Lafontaine et Alex McMahon, s’est échelonné d’avril 2024 et à janvier 2025, «à temps perdu, indique Édouard. JS et Pierre sont des gars intensément occupés». Résultat: 14 chansons «tellement intimes et personnelles que les gens entrent dans mon monde, décrit-il. Ma musique, c’est ce que je ressens».

Pierre, qui a joué sur le mythique album Tu m’intimides de Mara Tremblay, signe les lignes de basse; Jean-Sébastien, les nombreux solos de guitare fuzzés et galvanisants à souhait… à l’exception d’un, très doux, qu’Édouard tenait à jouer: celui de Je rêve, intime chanson dédiée à sa grand-mère atteinte d’alzheimer. 

Il s’avoue particulièrement fier de Saint-Amable—«une bonne toune de buzzé»— qui clôt l’album, lui qui souhaitait l’amorcer ou le clore avec une longue chanson, inspiré par Ursuline sur Labyrinthes de Malajube ou encore Belzébuth sur Dehors novembre des Colocs. «C’est une épopée! s’enthousiasme-t-il. Ça te rentre dedans.» 

Édouard fait observer que le spectacle de la Saint-Jean, où il a fait moult rencontres, a influencé sa façon de composer—la première moitié de l’album a vu le jour avant le concert d’envergure, et la seconde, après. «Je sentais que je composais différemment», raconte le musicien, qui a par la suite accordé encore davantage de liberté à ses coréalisateurs. 

Pour l’amour de la musique québécoise

En tant qu’artiste, Édouard Tremblay-Grenier affirme avec conviction avoir pour principal objectif que les gens écoutent davantage de musique québécoise—«c’est mon mantra»—, peu importe que ce soit la sienne ou non. 

À l’instar des jeux de société, il y a de la musique québécoise pour tous les gouts, souligne l’artiste, qui travaille à la boutique Imaginaire de Saint-Bruno. «Ce n’est pas un style, la musique québécoise. Si tu ne l’aimes pas, c’est que tu n’aimes pas la musique, point. Tout le monde peut trouver de quoi qu’il aime.»

Édouard confie caresser également le rêve de fouler un jour la scène du MTelus. S’il l’accomplissait, nul doute qu’il accrochera à sa guitare sa courroie porte-bonheur, celle, déglinguée, ayant appartenu au regretté Dédé Fortin des Colocs, que lui a offerte sa mère en souvenir de son ami. 

Autre certitude? De la musique, il en fera toujours. Édouard Tremblay-Grenier compte d’ores et déjà une profusion de chansons en banque, ayant même manifesté à l’ultime journée en studio son désir d’explorer des ambiances plus sombres sur un prochain opus, «dans la veine des OK Computer de Radiohead, La forêt des mal-aimés de Pierre Lapointe, Labyrinthes de Malajube».

Édouard Tremblay-Grenier est fier de ce commencement, de ses chansons qu’il écrit avant tout pour lui. «C’est aussi une manière de me donner de l’amour, glisse-t-il. Mais je trouve ça bizarre que d’autres aiment ça, justement parce que ce sont mes gouts. Ça me touche vraiment beaucoup.»

Pour voir Édouard Tremblay-Grenier en concert

  • Photo: Édouard-TrembPhoto: Éléonore Delvaux-Beaudoin

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