Gaz à effet de serre: un palmarès des pollueurs

Pierre-Olivier Pineau
Publié le :
Économie

Gaz à effet de serre: un palmarès des pollueurs

Onze entreprises sont responsables du cinquième des émissions de gaz à effet de serre au Québec. Qui sont-elles?

C’est un fait: l’industrie pollue. Des mesures mises en place au cours des dernières années permettent toutefois de déterminer avec précision quelles sont les entreprises et institutions «championnes» quant à la quantité de gaz à effet de serre (GES) diffusés dans l’atmosphère. En effet, les grands pollueurs sont tenus de déclarer leurs émissions annuelles de GES au gouvernement québécois depuis 2012 et au gouvernement canadien depuis 2004. Grâce à ces précieuses données, on peut dresser leur bilan environnemental, et voir si celui-ci s’améliore avec le temps.

Entre 2004 et 2014, les émissions de ges ont chuté de 15% au Québec. Or, la raffinerie Shell de Montréal-Est a été démolie en 2010. Si les émissions québécoises annuelles ont décru de 1,2 million de tonnes (Mt) grâce à cette fermeture, il reste que la production d’essence et de diésel a simplement été déplacée hors de la province: difficile, donc, de parler d’une franche amélioration.

Cent-cinquante-cinq institutions et entreprises québécoises émettant plus 10 000 tonnes de GES par année ont fait leur déclaration en 2014. Ensemble, elles produisent 39% des émissions de la province, soit 32,1Mt de GES. De ce nombre, la moitié (15,2Mt) est attribuable aux 11 entreprises les plus polluantes, qui en rejettent chacune plus de 1Mt annuellement—Rio Tinto Alcan se démarque du lot avec 3,2Mt. Ces compagnies sont d’ailleurs responsables du cinquième des émissions de GES québécoises. Comme en témoigne le graphique ci-joint, quatre industries caracolent en tête du classement: les métaux, les pâtes et papiers, les mines et le raffinage.

  • Source: Ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, décembre 2016.

Dans les années à venir, l’étau se resserrera progressivement autour de ces entreprises. La limite maximale d’émissions au Québec décroit d’environ 2,5% annuellement, et ce sera le cas jusqu’en 2020, en raison du marché du carbone avec la Californie et l’Ontario. Elle continuera vraisemblablement de descendre jusqu’en 2030—les détails de cette nouvelle entente entre le gouvernement et les grands émetteurs sont encore en cours de négociation. Quoi qu’il en soit, la délocalisation de ces derniers représente un réel danger: certains États ne fixent pas de plafond quant aux émissions de GES et pourraient les accueillir, comme cela s’est passé avec Shell. Le climat n’y gagne pas.

Une asymétrie évidente caractérise le rapport entre ces gros émetteurs et les petits que nous sommes tous. Mais, ultimement, c’est nous qui avons le dernier mot: l’aluminium, l’acier, le papier et l’essence que nous achetons—directement ou indirectement—proviennent en effet de ces industries. La diminution des émissions de GES passera donc forcément par une forme renouvelée de consommation, suivant la fameuse règle des trois R: réduire, réutiliser, recycler.


Pierre-Olivier Pineau est titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal. Il croit qu’un enrichissement collectif peut survenir grâce à une réduction accrue des émissions de gaz à effet de serre.

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