Le charmeur

Catherine Lemieux
Publié le :
Fiction

Le charmeur

On vient à Saint-Just-les-Bains pour se détendre, loin des impératifs du quotidien moderne; pourtant, c’est bien difficile, quand l’on se met à recevoir des messages insensés et anonymes. 

Impossible de faire comme si elle ne les avait pas vues—Camille se leva pour arracher les mauvaises herbes de ses platebandes, mais au ralenti, comme pour faire durer le déplaisir qui la prenait chaque fois qu’elle dédaignait mes charmes. Le hautparleur jouait la playlist Hazy Breezy, un velouté de mélancolie que Camille buvait par les oreilles en déracinant les invasives, puis en s’étirant le cou, les jambes, avec méthode, comme si la détente était un devoir, une vertu.

Enfin, décrocher! À Saint-Just-les-Bains, c’était le programme—le même pour tout le monde. J’ai besoin de me retrouver, ajouta Camille au programme de base. Thierry gémit d’approbation, plongé dans la biographie d’Oppenheimer, comme tous les jours à la même heure—Ah! cette heure vide et nerveuse juste avant l’apéro! Quelqu’un grinça des dents, Dieu sait qui. Mais on ne sait jamais, dit Camille, quelque chose pourrait arriver, il vaut mieux rester joignable. Elle toucha l’écran, puis le grand collier de billes auquel son réseau de contacts et sa banque d’images et son fil de messages et ses applis de langue et son tracking santé et ses favoris et sa vie même étaient accrochés. Camille disait souvent qu’elle aurait aimé se délester de ces choses sans poids pour vivre dans la spontanéité la plus saine, mais que malheureusement elle était de nature serviable—prête à sauver un enfant en détresse ou une voisine en manque de farine ou son mari en larmes, si l’occasion se présentait.

Les vacanciers de Saint-Just-les-Bains étaient des gens bien—la plupart travaillaient dans la culture.

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