Les lectures de Nathalie Bondil

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Les lectures

Les lectures de Nathalie Bondil

Nathalie Bondil, directrice et conservatrice en chef au Musée des beaux-arts de Montréal, nous ouvre son univers littéraire et évoque les livres qui l’ont marquée.

J’adore apprendre: il y a tant à savoir. Pour autant, est-ce bien raisonnable de lire «utile»? J’aime découvrir, être surprise, changer de paradigme, tisser les liens d’un savoir pluri-disciplinaire, pico-rer dans les librairies indépendantes (je me désole de leur disparition progressive). Je me méfie des idéologues et préfère les disciplines scientifiques—sociologie, anthro-pologie, philosophie. J’ai un faible pour les entretiens, les grandes synthèses et les analyses de fond: ils percolent, infusent, forment ma pensée. Et je m’en délecte. Voici les thèmes de cet inventaire gourmand, un menu à la carte devant lequel j’ai du mal à choisir...


De l’inégalité parmi les sociétés,

Jared Diamond 

(Gallimard, 2000)

De Jared Diamond, biologiste et géographe américain—en aucun cas un idéologue—, je recommande l’indispensable polyptyque sur la nature et l’évolution de l’humanité. De l’inégalité parmi les sociétés lui a valu un prix Pulitzer. Il y explique la longue domination de l’Eurasie dans le monde, au-delà de l’histoire factuelle: il déroule les avantages matériels et géographiques qui ont permis aux hommes, sur ce continent plutôt qu’ailleurs, de cultiver, de domestiquer, de s’immuniser et de libérer une force de travail qui entrainera la révolution des techno-logies. Effondrement: comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie est son complément écologique, et raconte les succès et les échecs de nos sociétés à survivre dans les différents écosystèmes du monde. C’est un ouvrage essentiel sur notre course à la croissance dans un monde fini.


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Lucy ou l’obscurantisme

Pascal Picq

(Éditions Odile Jacob, 2007)

Lucy est un livre sur la différence entre la science et les croyances, sur la question du créationnisme, mais pas seulement. À l’heure où le relativisme règne dans notre marché dérégulé de l’information, l’apprentissage du doute—qui brandit l’épistémologie contre les superstitions—y est plus que jamais capi-tal. Le Retour de Madame Néandertal, le dernier ouvrage de ce paléoanthro-pologue humaniste et plein d’humour, est un régal d’érudition et d’escarmouches drolatiques. J’assume mon animalité: femme, je suis une primate et une mammifère fière de l’être. Les animaux sont indispensables à mon équilibre et à ma compréhension du monde.


Les temps hypermodernes,

Gilles Lipovetsky avec Sébastien Charles

(Éditions Grasset, 2004)

Ce philosophe brillant a signé bien des ouvrages que je recommande, depuis L’ère du vide, L’empire de l’éphémère, La culture-monde, L’écran global, jusqu’à L’esthétisation du monde. Le penseur vous donne ce sentiment délicieux d’être intelligent avec lui. Il analyse notre société de modes, celle du «temps vite», qui a remplacé les sociétés traditionnelles basées sur les cycles et les saisons. Il replace l’individu et l’individualisme dans une culture mondiale. De l’obsession de la légèreté aux écrans mobiles, des phénomènes de marque à la tribalisation de nos rites, il décrit ce que nous vivons en Occident avec justesse, sans moralisme.


Le monde d’hier. Souvenirs d’un Européen

Stefan Zweig 

(Grasset, 1944)

J’avale les biographies et autobiographies, car elles m’instruisent et m’inspirent. Dans le genre, j’aime celles de Stefan Zweig: son écriture concise décrit avec une empathie profonde et une finesse de jugement les méandres de la pensée. Il se projette avec bienveillance dans les personnages de sa galerie de portraits: les femmes, de Marie Stuart à Marie-Antoinette, les explorateurs, comme Magellan ou Amerigo, les humanistes, tel son alterégo Érasme, les écrivains, de Montaigne à Balzac. Sa biographie de Nietzsche est saisissante parce qu’il y décrit l’intimité d’un cerveau, son fonctionnement organique. Si d’autres biographes sont plus érudits ou plus récents, Zweig a une plume unique pour saisir la machine des sentiments, les aspirations des êtres, la symbolique des destins. Je voyage toujours avec un Zweig en poche.


Nathalie Bondil est directrice et conservatrice en chef du Musée des beaux-arts de Montréal. Sous son impulsion, le Musée a connu un essor remarquable, -notamment avec une programmation d’envergure internationale, des records de fréquentation ainsi que des projets éducatifs innovants. Elle est membre de l’Ordre du Canada, chevalière de l’Ordre national du Québec.

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