Au nirvana des mécréant·e·s

Laurence Côté-Fournier
Publié le : jeudi 31 mars 2022
Littérature

Au nirvana des mécréant·e·s

La littérature est-elle ce lieu sécuritaire où étancher notre soif existentielle?

Considéré dans ce texte

Yoga d’Emmanuel Carrère, et la quête spirituelle des sceptiques. Alison Bechdel et le sport comme chemin d’accès au grand Tout. Le détachement du monde et le repli sur soi. Des touristes en peignoirs blancs. Les fins subtiles et souriantes. 

Jeune adulte, j’ai travaillé dans une boutique d’affiches en tout genre. La section réservée à l’imaginaire de la motivation était une des plus lucratives. Le graphisme de ces affiches, presque toujours le même, est connu: un mot en majuscules («FORCE», «SUCCÈS», «AMBITION»), suivi d’une injonction galvanisante («Aspire à grimper aussi haut que tes rêves te le permettent»), le tout accompagné d’une photo d’un paysage grandiose, comme une manifestation extérieure de notre puissance latente. La littéraire que j’étais regardait les acheteur·euse·s avec condescendance, jugeant ces entrepreneurs qui en tapisseraient une salle d’employé·e·s beige avec vue sur un boulevard urbain, ou ces sportives qui s’imagineraient sur l’Himalaya pendant leur demi-marathon à Saint-Bruno. Dans ma propre vie, aucun succès ne menait à une plage déserte paradisiaque.

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