Chronique

Comment retarder l’apocalypse

Clément Sabourin
credit: Photo: Clément Sabourin
Photo: Clément Sabourin
Publié le : mercredi 14 septembre 2022
Le journal de l’anthropocène

Comment retarder l’apocalypse

À l’heure où les glaciers se liquéfient et où la hausse de la température des mers asphyxie l’estuaire du Saint-Laurent, un ex-journaliste explique ce qui l’a poussé à changer sa vie de fond en comble.

Nous vivons dans une nouvelle ère aussi incertaine qu’effrayante: l’anthropocène, la sixième époque géologique en 4,5 milliards d’années après le bigbang. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, le sort de la Terre est influencé par une seule et unique espèce: nous-mêmes. Plutôt qu’un succès de l’évolution, cette réalité marque une rupture—fatale?— dans l’ordre immuable des choses. Nous nous sommes aliéné la main qui nous nourrit.

Personnellement, ma «claque», je l’ai prise en 2015, par plus de 70 degrés Nord, dans le canal M'Clintok, au Nunavut. J’étais encore journaliste, à l’époque. Envoyé à bord du brise-glace scientifique Amundsen pour le compte de l’Agence France-Presse (AFP), j’ai été choqué de constater à quel point la surface de l’océan Arctique était libre de glace. Et malgré ça, deux pétroliers voguaient non loin de nous, indolents. La banquise n’existait plus, si bien que l’officier des glaces de la garde côtière canadienne, Roger Provost, peinait à retenir ses larmes face à cette étendue turquoise.

Trente-sept ans plus tôt, presque jour pour jour, le grand-frère de l’Amundsen, le Pierre Radisson, avait mis 12 heures pour faire demi-tour lors de son voyage inaugural, tellement la glace était épaisse. Elle empêchait toute progression. En cette fin septembre 2015, l’officier Provost avait la gorge nouée à mesure que son navire filait sans le moindre iceberg à l’horizon: «Ceux et celles qui veulent remettre en question le réchauffement climatique font l’autruche, ce sont des aveugles!» m’a lancé l’officier, conscient, à trois ans de la retraite, de vivre la fin d’une époque.

Abonnez-vous!

Activez dès maintenant votre abonnement à Nouveau Projet pour lire le reste de ce texte. Du contenu original et de grande qualité, des privilèges exclusifs, et bien plus encore.

Voir les forfaits

Continuez sur ce sujet

  • Société

    «On n’est pas des p’tits pauvres»

    Bougons, «B.S.», pouilleux·ses. Qu’importe les surnoms disgracieux dont on les affuble, les hommes et les femmes en situation de pauvreté triment dur pour joindre les deux bouts, mais aussi pour préserver leur dignité. Et c’est encore plus difficile pour leurs enfants.

    • Murphy Cooper
  • credit: Photo: Jessica Lewis
    Culture

    Échapper à la mort, en faire une œuvre d’art

    Après avoir tutoyé la mort, la poète Geneviève Rioux et la dramaturge Audrey Talbot ont trouvé refuge dans l’écriture. Et c’est comme ça qu’elles se sont mises au monde comme autrices.

    • Catherine Genest
  • Société

    Pourquoi je n’achète aucun vêtement neuf

    Les friperies n’ont jamais été aussi cool qu’en ce moment, mais le recyclage de vêtements n’a rien de révolutionnaire. Dans les milieux défavorisés, on a toujours été «écoresponsables». À défaut de s’en voir offrir le choix.

    • Murphy Cooper
  • credit: Photo: Karolina Grabowska
    Société

    Bref, mon père est mort durant la pandémie

    La douleur est vive lorsqu’un drame intime se conjugue à un drame collectif. Murphy Cooper, affecté par la mort de son père en plein confinement, s’interroge sur la vie après le deuil pandémique.

    • Murphy Cooper
Atelier 10 dans votre boite courriel
S'abonner à nos infolettres