Trop c'est comme pas assez: à propos de l'hypervisibilité des communautés queer à la télé

Joëlle Rouleau
credit: Photo: Pavel Danilyuk
Photo: Pavel Danilyuk
Publié le : mardi 26 avril 2022
Idées

Trop c'est comme pas assez: à propos de l'hypervisibilité des communautés queer à la télé

Joëlle Rouleau, qui a dirigé l’essai Télévision queer, s’interroge sur l’omniprésence des personnages LGBTQ+ sur nos écrans.

J’aime concevoir le queer comme une substance informe et gélatineuse, qu’on ne peut contenir ou contrôler. Pour moi, le queer représente une viscosité qui s’infiltre dans tout et partout, une chose à la fois dégueulasse et amusante, un goo1Goo est entendu ici comme de la glue, quelque chose de gluant, de la boue. Bref, ce goo est une matière informe, gélatineuse, répugnante et amusante à la fois. qui résume le caractère collant, glissant des frontières, l’ambigüité et la tension qui composent le queer en tant que culture, genre, identité, politique et théorie.

En tant que spécialiste des études culturelles, je considère qu’il est antithétique de chercher à intégrer la culture queer dans une conceptualisation prédéterminée. Pourquoi, en effet, essayer de cerner et de retenir le goo? Je préfère largement utiliser l'expression «sensibilités queer2Voir les ouvrages de Lorena Muñoz (2010) et Catherine J. Nash (2010).» pour décrire ce que je veux dire lorsque je parle de queerness ou d’état queer. Cela offre une conception plus vaste et mouvante des cultures queer, et souligne la nécessité de ne pas catégoriser ce qui est ou n’est pas queer, ce qui appartient ou n’appartient pas au goo. 

De façon générale, j’hésite à me demander si une représentation médiatique est fidèle ou non à une catégorie identitaire précise — une question pourtant si chère à mes étudiant·e·s, aux journalistes qui me contactent et aux ami·e·s et parents qui discutent de la forte augmentation des représentations LGBTQ+ à la télévision.


Abonnez-vous!

Activez dès maintenant votre abonnement à Nouveau Projet pour lire le reste de ce texte. Du contenu original et de grande qualité, des privilèges exclusifs, et bien plus encore.

Voir les forfaits

Continuez sur ce sujet

  • credit: Photo: Chloé Charbonnier
    Société

    Le privilège de dénoncer existe-t-il vraiment?

    Dans la lignée des femmes noires qui ont pris parole pour dénoncer leur agresseur, Kharoll-Ann Souffrant s’adresse à toutes celles qui, comme elle, ont survécu à la violence.

    • Kharoll-Ann Souffrant
  • credit: Photo: Simple Insomnia
    Société

    Se tordre dans le lit défait

    Dans l’histoire de l’art, à travers le «male gaze» des peintres et sculpteurs, les représentations de femmes alitées et sublimées par la douleur abondent. Avec ce nouvel ouvrage paru chez Héliotrope, les autrices se réapproprient leur souffrance et celle de leurs sœurs, dans tout ce que ça implique de laideur, de réalisme et de résilience. Un document assemblé comme un collage d’idées et dont voici un extrait.

    • Jennifer Bélanger
    • Martine Delvaux
  • credit: Photo: Rayside Labossière
    Société

    Changer l’asphalte en gazon

    Dans son essai intitulé Des quartiers sans voitures paru aux éditions Somme toute, le maire de Laval tire les plans de sa ville idéale. Il partage un rêve urbanistique ambitieux, des idées concrètes qui n’ont rien à voir avec les «éco-quartiers» des promoteur·trice·s immobilier·ière·s.

    • Stéphane Boyer
  • credit: Photo: Amina Filkins
    Société

    Non, travailler en restauration n’est pas si pénible

    Les conclusions du sociologue Jules Pector-Lallemand tranchent avec l’univers du roman Le plongeur de Stéphane Larue et avec les reportages-chocs sur le milieu de la restauration. Son essai Pourboire, paru ce printemps aux Éditions XYZ, jette un éclairage différent sur ce monde à part.

    • Jules Pector-Lallemand
Atelier 10 dans votre boite courriel
S'abonner à nos infolettres