Érotiser l’État

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Essai

Érotiser l’État

ou comment (re)mettre du désir dans la fonction publique

Les Québécois ont perdu la fierté de leur fonction publique, pourtant «l’une des meilleures au monde», pour reprendre la formule de Jean Charest au moment de son départ de la vie politique. Résultat: rares sont les fonctionnaires qui sont fiers de leur rôle, plus que jamais essentiel. Comment remettre un peu de piquant dans cette relation qui s’est étiolée au fil des décennies?

Nous sommes deux jeunes fonctionnaires, cutes, pleines de potentiel, de créativité et d’énergie. Nous sommes fières de travailler au service des valeurs que porte l’État québécois: la justice sociale, l’égalité, la solidarité. Le rôle de la fonction publique est crucial. Il sert à penser l’avenir de la société québécoise, son développement et sa qualité de vie. Nous partageons notre expertise avec devoir et conviction. Le logo «Qualité Québec» est étampé sur nos fesses.

Comment se fait-il, alors, qu’il nous soit honteux de décrire notre travail, de nommer notre emploi? La fonction publique n’est-elle pas séduisante? Voire sexy?

Comme la gangrène, l’ennui se transmet par le tapis qui unit nos collègues, par les murs gris de nos cubicules uniformes et tristes. L’indifférence s’installe, jusqu’au dégout, jusqu’à la dépression. Le ventre plein de leurs régimes de retraite dorés et de leurs conditions de travail, plusieurs de nos collègues sont satisfaits, repus. Ils n’ont plus envie de rien: «Pas ce soir chéri, j’ai mal à la tête.» Mais qu’est-il arrivé à cette jadis vaillante armée de dévoués serviteurs de l’État?

Il est souvent de bon ton de mépriser le fonctionnaire. Les clichés sont insidieux et bien vivants dans toutes les classes sociales. L’érosion de la confiance des citoyens envers la fonction publique nous affecte. Les récriminations administratives des citoyens sont infinies, et l’État est lourd à personnifier.

Si certains de nos confrères semblent s’éteindre à petit feu, il faut reconnaitre que la fonction publique est composée d’honnêtes travailleurs qui ont à cœur leur emploi et assurent l’essentielle permanence du gouvernement. Si, par rapport à eux, nous paraissons exaltées, c’est parce que nous croyons que la nouvelle génération doit assumer la tâche de faire vivre l’État. Nous avons envie de les réanimer par un bouche-à-bouche cordial, combiné à un électrochoc de mots et d’images.

Par ce texte, nous osons quitter les sentiers de l’écriture sèche des notes administratives pour réfléchir au sens de notre travail. En cherchant à créer un mouvement de changement, et en dénonçant un statuquo, nous amorçons une discussion pour retrouver notre mojo collectif. Pour ce faire, nous explorons à la fois le squelette (l’institution étatique) et la chair (les humains qui y travaillent). Pour nous, ce corps vibre quand il se frotte à la société, quand elle lui inspire ses choix, ses valeurs, et le guide dans la quête du bienêtre collectif. Il existe plusieurs postures théoriques pour réinsuffler du désir dans la relation entre l’État et ses citoyens, et stimuler la passion des professionnels qui évoluent dans la fonction publique. Voyons-les comme autant de positions d’un Kamasutra étatique.


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Le désir sous tension

Pour comprendre là où le bât blesse, imaginons un couple en déclin à la lumière de trois mouvements du désir: le manque, l’admiration et l’interrelation. Gilles incarne une bonne partie de la société, celle qui méprise, qui ne comprend plus. Berthe, elle, joue le rôle de la fonctionnaire éteinte.



La permanence varlope l’amour

Lorsque Gilles a épousé Berthe, c’était la plus belle fille du village. Il la désirait et c’est tout guilleret qu’il lui a fait la grande demande. Trente ans plus tard, ils ne peuvent plus se sentir. Ils se tournent le dos, désintéressés, sans conviction. Ils n’ont pas renouvelé leurs vœux, et la chair s’est flétrie. Le désir s’est évanoui.

Le manque est souvent un moteur important du désir. Or, pour qu’il y ait manque, il doit y avoir absence. La permanence d’emploi est sans conteste un avantage social important, mais elle a le travers d’entrainer une dissolution des forces vitales de séduction. Les fonctionnaires, attachés par des menottes dorées, ont tenu la relation pour acquise. S’enfermant dans une suite de processus, de règles et de normes sans but, ils sont progressivement entrés en hibernation.

Constatant leur impuissance et devenus suspicieux, les citoyens, eux, ont demandé que des comptes soient rendus. On case dorénavant les fonctionnaires dans un cube, on les numérote pour la traçabilité, on les «monitore» pour mesurer leur performance, on hiérarchise tous leurs rapports. Les gestionnaires n’ont qu’à remplacer au besoin ces pièces interchangeables sur la chaine de production. Peu importe, elles sont là pour rester.



À une pantoufle près du divorce. 

Le pire des fléaux pour un couple est sans conteste la disparition graduelle de l’admiration pour l’autre.

Gilles est gêné par Berthe. Avachie par le temps, malheureuse, elle s’est vautrée dans des activités sans but, s’est mise à manger ses émotions, à enfler. Gilles, honteux, a fini par développer du mépris. Par paresse et économie d’énergie, il a commencé à prendre les décisions seul, reléguant du même souffle la pauvre Berthe à un rôle qu’elle n’avait pas choisi. Elle espérait pourtant quelque chose de plus grand. Leur relation avait un sens, ils s’étaient choisis. Mais voilà, ils se sont perdus.

Le contexte socioéconomique québécois et mondial est particulièrement difficile pour la res publicae. Il y a une dizaine d’années, les néolibéraux ont suggéré de moderniser la fonction publique en lui imposant une culture du service à la clientèle. Selon cette vision, énoncée notamment dans le code d’éthique de la fonction publique, on comprend que le bon fonctionnaire doit: 1) être assis sur sa chaise constamment, 2) répondre à toutes les demandes de ses supérieurs et 3) s’il lui reste du temps (et seulement à ce moment), penser aux services envers les citoyens. Cette façon d’encadrer les fonctionnaires et de redéfinir leurs tâches a eu pour conséquence, près d’une décennie plus tard, de dissoudre l’expertise. On n’est plus très loin des techniciens des télécommunications: «Bienvenue chez Bell, comment puis-je vous offrir un excellent service?»

Par opposition au travail de création de la génération précédente, le maintien des institutions publiques nécessite de travailler avec un nombre infini de contraintes: les intentions du législateur, les droits acquis, les compressions budgétaires, les ressources humaines limitées, les intérêts de tous ces groupes qui tirent si fort sur la couverture qu’elle menace de se déchirer. Difficile de faire rêver le citoyen avec des projets de rénovation d’échangeur routier ou de révision de politiques maintes fois critiquées.


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Le bon fonctionnaire doit: 1) être assis sur sa chaise constamment, 2) répondre à toutes les demandes de ses supérieurs et 3) s’il lui reste du temps (et seulement à ce moment), penser aux services envers les citoyens.



Chéri, il faut qu’on parle.

En l’absence de repères communs, Gilles et Berthe ne communiquent plus. Une fois par an, il lui offre un cadeau, espérant que ce soit suffisant. Berthe, responsable du patrimoine commun, aimerait lui dire que leurs finances sont chancelantes, qu’il y a trop de projets sur la table pour ce qu’elle peut accomplir, qu’il a fait des choix déraisonnables. Elle voudrait crier, mais ses bonnes manières l’en empêchent.

Si la langue est un organe clé dans la transmission du désir, lorsqu’elle est de bois, sa capacité à susciter l’envie reste limitée. La langue française est si riche, si sensuelle, comment peut-on l’aliéner autant que le langage administratif le fait? La fonction publique a développé une grammaire particulière. Autour de tournures et de mots qui sont souvent creux et incompréhensibles pour la majorité de la population.

Une peur panique de l’expression directe s’est emparée de l’appareil de communication gouvernemental. Par crainte de froisser les groupes d’intérêt, de hérisser «le politique» ou de déplaire aux clientèles, on s’est enfermés dans un «politiquement correct» qui ne veut rien dire. La rhétorique du vide peuple généralement les plans d’action et les stratégies gouvernementales, en épuisant le sens des actions, en les dépouillant de leur contenu. Ce déploiement insipide, à force de tourner sur lui-même, mène dans les replis de l’ennui. Le discours soporifique ambiant désintéresse les citoyens: impuissants quant aux arcanes du jeu, ils se sentent dépossédés du pouvoir.


Tentative de diversion

Nous le reconnaissons, le bois mort existe. Cependant, l’apparente platitude de la fonction publique est trompeuse. Plusieurs fonctionnaires embrassent de multiples défis au quotidien. Les problèmes qui les occupent débordent généralement des instances locales. Les questions qui rythment la vie des ministères atteignent le niveau national en raison de leur complexité ou de leur envergure. Travailler entre les commandes d’un appareil politique en proie à une réélection périodique et assurer la pérennité des décisions exigent souvent de trouver la quadrature du cercle. Sur ce plan, les choix sont difficiles, parce qu’ils impliquent la prise en compte d’intérêts multiples et divergents. Le degré d’abstraction est élevé. Il faut, certes, comprendre la réalité du terrain mais éviter de s’y accrocher pour parvenir à départager les enjeux d’intérêt public et ceux qui relèvent de la microgestion.

De plus, élaborer des politiques publiques est un travail de longue haleine. Récolter les fruits de notre labeur est un luxe auquel nous avons rarement accès, ce qui rend le travail au quotidien diffus, aliénant. L’équilibre est fragile, il faut improviser parfois, inventer souvent et innover toujours afin de garder nos acquis sociaux, de conserver notre compétitivité économique et de continuer à être ce que nous sommes en espérant toujours devenir meilleurs. Pour supporter ce niveau de tension, plusieurs stratégies ont été déployées par le gouvernement au cours de la dernière décennie.



La fin de la position du missionnaire.

Les institutions religieuses ont longtemps préconisé l’abnégation totale des désirs individuels en réprimant les pulsions par des punitions et des châtiments. De même, il y eut une époque où il fallait jurer fidélité au service public. Mais est-il possible de servir sans être asservi? Tout comme les conditions maritales ont changé, serait-il possible d’envisager une évolution du rapport de service? Il n’est plus nécessaire de devenir missionnaire pour servir l’État.



La tête ailleurs.

On a ensuite envisagé le divertissement. Au cours des dernières années, le gouvernement a fait des efforts importants pour offrir une palette de distractions en tous genres à ses employés: cours d’activités physiques variés, initiatives pour améliorer l’environnement de travail, programmes d’aide aux employés, mesures de conciliation travail-famille. Or, plus l’offre de ces services augmente, plus le détachement s’opère. L’attention est détournée, la raison d’être du travail se perd.



Revenir à l’essentiel.

De plus en plus de serviteurs de l’État quittent leurs fonctions aigris, avec l’impression d’avoir déchiqueté leur carrière et le sentiment d’abandonner quelque chose. Malgré les programmes de mentorat mis en œuvre aléatoirement, une réflexion s’impose sur le savoir détenu par les travailleurs qui quittent la fonction publique. Cette connaissance se cache dans les replis de l’expérience et permet aux fonctionnaires de prendre les bonnes décisions, de trouver l’angle pour dénouer l’impasse. La maitrise des règles et des structures induit la capacité de les déjouer, de créer des voies de passage dans les zones difficiles.



Un amour qui ne veut pas mourir

Quand la relation bat de l’aile, qu’il n’y a plus d’admiration mutuelle, que malgré les mots échangés il n’y a plus de sens et que les projets communs n’existent plus, le temps est venu de revoir son couple et d’imaginer de nouvelles façons de vivre ensemble.

Tout n’est pas noir au royaume des éteints, mais il est urgent d’allumer ceux qui restent. Nous postulons qu’en redonnant du lustre aux savoirs des fonctionnaires, la fonction publique sera plus vivante et cela profitera à tous. La valorisation doit s’opérer sur deux plans: individuellement, pour tous les corps de fonctionnaires qui y participent, et collectivement, pour l’ensemble de l’institution étatique qui constitue le squelette de notre société. Comme disait Chaia Heller dans Désir, nature et société, «le désir d’une qualité de vie sensuelle, coopérative, créative et éthique renvoie à l’aspiration à une vie fondée non seulement sur la justice et l’égalité, mais aussi sur un sens profond de liberté».

Voyons donc quelques pistes de solution vers lesquelles nous tourner pour que jaillisse ce désir.



Tu me manques. 

Pour remettre du désir, il faut créer de la distance. L’exclusivité, dans le sexe comme dans le travail, peut être un facteur aliénant. En voulant éviter les conflits d’intérêts, le nouvel ennemi public numéro un, les sources de croisements possibles entre les identités professionnelles sont éliminées. Considérons la question autrement et profitons de l’expérience et de l’intérêt de chacun. Si on favorisait le maillage des employés avec d’autres -milieux, si on leur permettait d’autres activités professionnelles, cela ne serait-il pas enrichissant? Si un professeur d’université était également fonctionnaire à mi-temps, n’y aurait-il pas pollinisation croisée de deux mondes? L’État ne devrait pas être jaloux. Favorisons le butinage créatif.

Pour remettre du désir, il faut créer de la distance. L’exclusivité, dans le sexe comme dans le travail, peut être un facteur aliénant.

D’un point de vue plus concret, cela pourrait vouloir dire: revoir le partage des responsabilités entre les cadres et les professionnels. En effet, plus de liberté exige une plus grande imputabilité. On créerait ainsi un espace pour favoriser des relations empathiques et rationnelles, à la fois chargées de sens et profondément coopératives, avec la population et ses différentes composantes.

À l’opposé d’une planification stratégique qui cherche à tout faire entrer dans des modèles et des calculs rigides, la réflexion et l’intuition doivent faire vibrer nos paravents. Cessons d’infantiliser les travailleurs en brisant les statuts, les privilèges et la hiérarchie: un changement de paradigme doit s’opérer pour faire émerger une nouvelle façon de gérer, selon des modes d’organisation plus dynamiques, comme l’autogestion, le télétravail, les quarts de nuit et davantage. Rien n’oblige la présence physique de tous les -employés de 9 à 5, à la condition de prévoir des périodes de rencontre au besoin. En plus d’offrir une certaine flexibilité aux professionnels, ces modes d’organisation permettraient au gouvernement de régler nombre de problèmes d’urbanisme liés à la circulation et à d’autres facteurs environnementaux et sociosanitaires.



Dis-moi que tu m’aimes.

Dans un couple, les démonstrations d’affection entretiennent la flamme, les mots sont autant d’amorces à l’amour. Dans la fonction publique, une grande partie du travail réalisé trouve peu de gratifications immédiates. Comme plusieurs activités de longue haleine, il est difficile d’en apprécier la qualité au quotidien. Aussi, le rôle des gestionnaires est élémentaire dans la reconnaissance du travail accompli, mais plusieurs négligent cet aspect, prétextant être trop occupés pour ces considérations. Pourtant, ces marques d’appréciation sont essentielles. Être reconnu, c’est exister.

Il faut également revoir le contrat social qui nous lie collectivement. Le modèle de l’entreprise ne peut s’appliquer à l’ensemble des activités humaines, surtout quand il est question de développer un modèle d’éducation novateur, d’élaborer des politiques de santé ou de permettre le développement durable de son territoire. Ces questions sacrées pour l’épanouissement de notre société exigent un traitement senti, proche de la vie des gens. Reconnaissons l’importance fondamentale de la fonction publique en lui donnant les moyens d’agir.

Aussi, pour garder la relation vivante, à l’image du couple, la fonction publique doit continuer d’interagir avec les citoyens et les autres parties prenantes de la société pour rester près de leurs préoccupations. Les interfaces de relations sont infinies.

La sélection et la formation des employés de l’État devraient également être revues pour accueillir des penseurs de tous les horizons. De même, l’obligation éthique de discrétion dévolue aux fonctionnaires devrait être clarifiée. La plupart des intellectuels accepteront le contrat s’ils peuvent conserver leur voix, leur initiative et surtout leur esprit critique.

De plus, l’éducation des citoyens au travail réalisée par les fonctionnaires est une avenue à prioriser. Voter, payer ses impôts et participer à la vie démocratique pourraient constituer le contenu d’un cours d’éthique et de citoyenneté, par exemple. Cet apprentissage permettrait de comprendre le bien commun confié à la gestion des affaires publiques et, enfin, de rétablir la confiance.



Rapproche-toi de moi.

La politique d’attrition de l’État, cette contusion par écrasement, broie les forces vives de la fonction publique. Pour deux départs à la retraite, un seul professionnel est remplacé et aucun poste de cadre n’est supprimé. Nul besoin d’un dec en administration pour constater que les ratios d’encadrement présentent davantage de chefs que d’Indiens, au détriment de la qualité des services offerts aux citoyens.

En confondant rationalité et rationalisation au profit d’une quête de la neutralité, on brise le talent de professionnels. Si les fonctionnaires personnifient l’État auprès de la population, pourquoi les transformer en robots? Plutôt que de museler ces professionnels, valorisons les initiatives créatives, retrouvons la capacité de contact direct. Renversons la vapeur des communications et profitons de l’énergie générée pour se dire les «vraies affaires». Que Berthe parle à Gilles pour qu’il l’entende. Peut-être qu’en se dévoilant davantage, ils se comprendront.

Finalement, évitons de réduire la vie de chaque agent à un ensemble de formulaires et de statistiques. La logique comptable ne doit pas être la seule à s’appliquer à la gestion de l’appareil gouvernemental. Réformons le fonctionnement des ressources humaines.


L’urgence de jouir

Chacune d’entre nous, portée par ses choix professionnels, a voulu réinvestir sa pratique d’une vision renouvelée de la fonction publique. Ni l’abstinence, ni le détachement n’ont été des stratégies suffisantes pour nous garder heureuses dans notre relation professionnelle, et nous pensons qu’il nous fallait sortir de notre devoir de réserve pour en parler ouvertement. Si nous faisons ce travail, c’est parce que nous croyons que notre épanouissement passe par le bienêtre de tous.

Les citoyens doivent pouvoir s’identifier à la fonction publique et lui faire confiance, parce qu’ils ont mis entre ses mains ce qu’il y a de plus précieux: le bien commun qui nous unit.

Le lien de l’érotisme avec l’État suggère qu’à l’inverse d’un lieu mort, cet espace peut être de nouveau chargé de désir. Cette quête de plaisir et de séduction apparait difficilement transposable dans les sphères administratives de l’État québécois. Mais avec l’érotisme, la pensée s’excite, puise dans l’énergie du corps et peut insuffler un mouvement à notre travail en permettant de poser les bases d’une réflexion hors des schèmes habituels du management.

La notion de désir s’entend dans son sens large, référant à la volonté d’une relation poussée avec autrui. Les citoyens doivent pouvoir s’identifier à la fonction publique et savoir lui faire confiance, parce qu’ils ont mis entre ses mains ce qu’il y a de plus précieux: le bien commun qui nous unit.


Annie Gendron et Myriam Dupuis sont des pseudonymes. Les auteures sont bardées de diplômes et ont chacune suffisamment d’expérience dans la fonction publique pour avoir gouté aux délices de sa complexité. Convaincues de la pertinence de leur travail, elles ne peuvent toutefois pas signer cet article de leur vrai nom, leurs supérieurs hiérarchiques ayant refusé qu’elles le publient. Au nom de l’obligation de discrétion, il n’est pas permis de critiquer son employeur.

Le cubicule, terne et déprimant, élément incontournable de la fonction publique? Yana Ouellet et Guillaume D. Cyr lui ont fait un traitement glamour. Miniaturisé, nimbé de flou artistique, le bureau à cloisons devient le théâtre de scènes aussi absurdes qu’extravagantes, comme sorties du rêve d’un fonctionnaire éreinté. Yana Ouellet et Guillaume D. Cyr travaillent et vivent à Québec. Ils ont, notamment, produit la remarquée série de photos Gaspésie Human Less (2011).

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