Quelque chose d’important

Stéphane Lafleur
Publié le :
Fiction

Quelque chose d’important

J’ai besoin qu’il m’arrive quelque chose d’important, mais de temporaire. Cette pensée se dépose en lui alors qu’il observe la ville qui s’étend à l’horizon. La chambre est peut-être modeste, mais la vue ne l’est pas. La grande fenêtre permet d’avaler d’un seul coup d’œil une bonne partie de la métropole. Droit devant, on peut voir le pont qui s’étire d’une rive à l’autre, tandis que plus à l’ouest, on devine les avions qui s’élancent de l’aéroport pour aller se perdre dans le ciel. Mais lui n’ira nulle part aujourd’hui, et cette pensée qui vient tout juste de prendre forme ne le quittera pas non plus.

Cet après-midi, il est sorti de chez lui les mains vides et s’est rendu à pied dans cet hôtel du centre-ville. L’employée à la réception l’a accueilli poliment. Il a cherché dans son visage un sourcillement ou la trace d’un sourire complice au moment de décliner son adresse. Qui peut bien louer une chambre si près de chez lui, sinon quelqu’un venu consommer une liaison secrète? Il aurait aimé que l’on puisse présumer ça de lui aussi. Mais l’employée s’est contentée de lui donner sa clé et de préciser le numéro de sa chambre, l’emplacement de l’ascenseur, celui de la salle d’entrainement, celui de la piscine chauffée, l’heure du déjeuner et celle du départ. Derrière son ton mécanique, il la sentait troublée par quelque chose d’autre. Quelque chose d’éloigné. Mais il sait qu’il ne faut jamais s’offusquer de l’humeur des gens qui occupent ce genre d’emploi. On ne peut pas savoir.

Ce n’est pas la première fois qu’il loue ainsi une chambre d’hôtel dans sa propre ville. Il aime l’idée de n’avoir absolument rien à faire ou à prévoir. Pas d’organisation. Pas de bagages. Pas de files d’attente. Pas de ceinture ni de souliers ni de clés à mettre dans un bac en plastique. Pas de petits repas mangés avec de très petits ustensiles. Pas de décalage horaire. Pas de concours de couchers de soleil. Pas non plus de culpabilité à rester à l’intérieur et à n’adresser la parole à personne et à ne pas se fabriquer des souvenirs pour plus tard. Juste du rien, en grande quantité.

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