Ce qu’on a vu—février 2026

Ce qu’on a vu—février 2026
Série, théâtre, danse : voici sept productions qui, sur scène ou à l’écran, ont fait vibrer l’équipe de collaborateur·trice·s de Nouveau Projet.
Quel délire que cette délectable et irrévérencieuse comédie noire mettant en vedette Marc Labrèche et Henri Picard, qui incarnent un tandem oncle-neveu empêtré dans de bien beaux draps. Composée de sept épisodes de 15 minutes, la websérie se dévore presque aussi vite que l’intempestif acteur Louis-Philippe (Joey Scarpellino) et le tendre barman et palefrenier Henri s’enfilent des shooteurs de fort en cette soirée fatidique où le premier périra—et guère de divulgâchage ici! Sa mort suspecte, qui survient dès le premier épisode, fait l’objet d’une enquête—un brin boiteuse—au cours de laquelle plus d’un·e résident·e du paisible village d’Ayer’s Cliff, en Estrie, éveillera des soupçons. Un oncle ex-vedette du disco (hommage sympathique à l’interprète de Love is in the Air, Martin Stevens), un agent bien poudré (Philippe-Audrey Larrue St-Jacques), une tenancière de bar qui ne lésine pas sur le khôl (Myriam Leblanc), un maire cowboy (Stéphane Crête) : la galerie de personnages pas banals contribue résolument à la charmante folie d’Ayer’s Cliff.
— Caroline Bertrand, cheffe de pupitre numérique et journaliste, Nouveau Projet
Photo: Radio-Canada
Photo: Jean-François Gratton
Il faut voir Macbeth au TNM ne serait-ce que pour entendre des personnages shakespeariens parler québécois. La traduction de Michel Garneau est la véritable vedette de ce spectacle: aussi minutieuse que phénoménale, elle fait résonner le texte dans des cadences et inflexions propres d’ici. On y reconnait des tournures gaspésiennes qui se glissent dans la bouche de chaque interprète, chacun·e s’appropriant le texte à sa manière, avec son propre accent. Incarnant une Lady Macbeth absolument délicieuse, Violette Chauveau réussit ce tour de force de transformer ce personnage mythique en un être universel, presque familier, comme une tante éloignée qu’on observerait avec fascination et malaise à la fois. Son jeu nous ancre dans une réalité tangible, sans jamais perdre la grandeur tragique du rôle. On reconnait finalement la signature de Robert Lepage, qui a transposé l’intrigue dans l’univers des motards, mettant à profit un décor imposant et quelques machineries spectaculaires qui créent des instants de pure magie théâtrale.
— Amélie Labrosse, coordonnatrice, Nouveau Projet
Agamemnon in the ring
Mise en scène de Sofia Blondin et Hilaire St-Laurent
Théâtre Denise-Pelletier (jusqu’au 21 février)
Centre national des arts (24 avril)
S’il y a un spectacle que l’ensemble des Québécois·es devraient voir, c’est indiscutablement cette relecture à la fois brillante et loufoque de l’histoire de la guerre de Troie imaginée par Hilaire St-Laurent, qui conquiert le public en tournée depuis sa création en 2022. Parce qu’elle pulvérise de facto l’illusion tenace selon laquelle le théâtre n’est destiné qu’à une certaine tranche de la population. Et parce que les savoureux, voire stupéfiants, alexandrins ponctués de jurons et d’expressions vernaculaires que les truculents personnages se mettent en bouche ne peuvent que cimenter notre attachement à la si féconde langue qui est la nôtre. Ici, les Atrides forment une équipe de lutte à qui les renégats de «Troie-Rivières» ont dérobé la précieuse ceinture de championnat. Les chansons fougueuses, l’ambiance galvanisante et les éclairages vifs, parfois même percutants, font des affrontements mythologicosportifs qui s’ensuivent une expérience collective jouissivement cathartique.
— Sophie Pouliot, collaboratrice, Nouveau Projet
Photo: Théâtre Denise-Pelletier
Photo: IMDB
Ana et Óscar se rencontrent le 31 décembre 2015 alors qu’il et elle célèbrent leurs 30 ans, et entament une relation amoureuse qui connaitra des hauts et des bas au cours des dix années suivantes. Chaque épisode de la série espagnole Los años nuevos est une incursion dans leur vie, au Nouvel An de chaque année. Le scénario et les dialogues, finement écrits, confèrent un réalisme charmant à cette plongée dans l’intimité d’un couple attachant, dont on ne peut s’empêcher d’espérer qu’il survivra à la traversée de la trentaine. Une chronique douce amère du difficile passage à l’âge adulte, de l’acceptation de ses propres limites, mais aussi de la persistance de l’amour. (En espagnol sur Mubi, avec sous-titres anglais ou espagnols.)
— Catherine Pelchat, collaboratrice, Nouveau Projet
Peau
Chorégraphie de Priscilla Guy et Émilie Morin
Centre de création diffusion de Gaspé (20 février)
Cette œuvre utilise la vidéo pour éveiller nos épidermes, par l’entremise des peaux des interprètes sur scène, que nous voyons magnifiées, filtrées et, surtout, en constante transformation. Une interaction entre les surfaces vivantes et non vivantes, de la peau à l’écran, non pas par effet de style, mais dans une véritable recherche d’empathie kinesthésique. La danse permet au dispositif de se déployer sans paroles et nous plonge dans l’univers de ces danseuses, comme dans un quotidien méditatif curieux. Une expérience sensible à ne pas manquer, si vous êtes en Gaspésie en février. Il faut dire que Priscilla Guy a pignon sur rue à Marsoui, avec son fameux festival annuel FURIES (à ne pas confondre avec le film). C’est pourquoi on réussit souvent à l’attraper dans la région, et parfois à Montréal.
— Emmalie Ruest, collaboratrice, Nouveau Projet
Photo: Priscilla Guy et Émilie Morin
Photo: Éva-Maude TC
On retrouve avec Francky et Nono la figure classique des deux paumés, écorchés, sur qui la vie s’acharne. Et c’est aujourd’hui que ça dérape pour de bon. Le perroquet de Franky, son beau Kiki, son cockatiel rien qu’à lui depuis l’enfance, s’est envolé sur la plus haute branche du plus grand arbre du quartier, et refuse de redescendre. En bas, la frustration monte, la colère se déchaine, et les souvenirs les plus laids qui unissent ces deux-là finissent par sortir. Francky se lance alors dans une ascension délirante, abandonnant derrière lui sa «sœur», livrée à la foule des sales qui les jugent et les haïssent. On aura besoin des rires que leurs excès nous offrent pour relâcher la pression qui grimpe, sans retour possible.
— Maud Brougère, directrice éditoriale, Pièces
Pour ou contre les paillettes? Dans le camp du «ça dépend»? En tous les cas, la plus récente production de la compagnie Maï(g)wenn et les Orteils en contient une certaine quantité. Ne boudez donc pas votre plaisir! Les dauphins et les licornes, c’est une pièce sur l’identité et aux catégories qui nous définissent, à tort ou à raison. C’est aussi un univers qui dévoile ses propres rouages, pour notre plus grand bonheur. Un making-of en direct porté par six interprètes de talent, issu·e·s de la neurodiversité et de la neurotypie. Cette proposition interdisciplinaire use d’humour et de sensorialité pour voguer à travers les remous de la création collective. On retrouve beaucoup de beauté dans les imperfections parfaites des gestes, mais aussi dans les textures d’un costumier flamboyant et les lumières dignes d’un film de pouliche. Cette pièce franchement bien ficelée fait une petite tournée dans l’ouest du Québec, à Salaberry-de-Valleyfield, puis en Abitibi-Témiscamingue.
— Emmalie Ruest, collaboratrice, Nouveau Projet
Photo: Maï(g)wenn et les Orteils




