Dans leurs mots

La plage de Rivière-du-Loup, au coucher du soleil.credit: Catherine Genest
La plage de Rivière-du-Loup, au coucher du soleil.
Catherine Genest
Publié le : jeudi 31 mars 2022
Bas-Saint-Laurent

Dans leurs mots

    Sélection: Laurence Veilleux

    Dans sa brave façon de faire les choses, Saint-Gabriel avançait une grande roche en travers des Appalaches, une roche où les dieux viendraient s’endormir la panse à l’air pour se faire couper les ongles par des animaux sauvages, des écureuils ou des corneilles, nécessairement reconnaissants d’avoir été mis là par quelqu’un et se nourrissant peut-être ainsi.

    Jean-Philippe Chabot, Le livre de bois (2017)


    Je me rappelle un de mes amis qui, arrivé à la Rivière-du-Loup, se trouvait absolument mystifié : « Le loup ! demandait-il aux passants, le loup, je veux voir le loup; je vois bien la rivière, mais où est le loup ? » Il n’en démordait pas et sa surprise était extrême; il pensait sans doute qu’un loup traditionnel devait passer sa vie à traverser la rivière et se faire remplacer par un autre dès qu’il se sentirait sur le point de faillir à sa mission.

    Arthur Buies, « La Rivière-du-Loup », Petites chroniques pour 1877 (1878)


    Ici les lieux s’agglutinent.

    Le regard balaie « ile au Massacre »

    « ile Brûlée » « cap Enragé ». Les iles

    sont figées dans leur durée. Plus

    loin les sanctuaires d’oiseaux, le duvet,

    les mousses, la déclivité perturbante

    des falaises. Puis « baie des roses »

    « pic Champlain » « Saint-Fabien »

    « Saint-Simon » : maintenant

    les hangars, la tôle, les maisons,

    les églises, les tourbières odorantes,

    les cantines et les cours à ferraille.

    Marie-Hélène Voyer, Expo habitat (2018)


    les femmes seules en région

    chantent avec une poignée d’aiguilles d’épinette

    nichée dans leur gorge de miel

    Matane vue par Anick Arsenault, Habitantes (2021)


    Nous étions là

    dans la transparence 

    du monde, les bleus de mer

    tremblaient entre les cils

    la cloche de l’église s’éteignait

    dans l’anse renversée

    près du cimetière marin

    Sainte-Luce vue par Paul Chanel Malenfant, Il n’y a plus d’après (2019)

    L’automne, Kamouraska, tout entier, est livré aux outardes, canards, sarcelles, bernaches, oies sauvages. Des milliers d’oiseaux sur des lieues de distance.

    Tout le long de la grève. 

    Anne Hébert, Kamouraska (1970)


    Le Saint-Laurent, lui a garanti tante Mique, tu verras, il te rentrera dans le corps, il t’emportera. Son odeur sera à tout jamais gravée dans la moindre

    de tes cellules. 

    Rimouski vue par Pénélope Mallard, Juliette ou Les morts ne portent pas de bigoudis (2020)


    À notre droite se déroulait à l’horizon, comme un ruban bleu, les côtes du nord : à notre gauche étaient l’ile Saint-Bernabé, et, plus loin, l’amphithéâtre que forment les contreforts des montagnes de la côte sud; en avant de nous, l’ile du Bic et le Biquet; en arrière, les eaux à perte de vue; à distance autour de nous, quelques berges de pêcheurs, des canots de chasseurs à la pourcie, et quelques grands navires à l’accalmie au large.

    Joseph-Charles Taché, Forestiers et voyageurs (1863)

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