La Gaspésie dans leurs mots

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Dans leurs mots

La Gaspésie dans leurs mots

Sélection: Thuy Aurélie Nguyen

pointe Tracadigash

un grand héron a pris racine

dans les eaux du soir

France Cayouette, Verser la lumière (2009)

[Les touristes] ont peur de l’automne et craignent encore plus l’hiver. Ils croient que ma péninsule s’endort, qu’elle nous engloutit tous au passage. Que nous nous retrouvons captifs de l’hibernation gaspésienne quand le froid nous recouvre, que nous ne pouvons nous en extirper qu’au printemps. [...] Mais ma région ne s’assoupit jamais complètement, Zofia. Elle ferme un œil seulement et espionne la mer de l’autre.

Roxanne Langlois, Prawda (2016)


Tel que prévu, au tournant : la baie, trop vaste. Aucune retenue dans le bleu. L’absence totale de parois. Ce bond hors de moi, jusqu’au mince fil noir, à peine visible, délimitant le bout du monde.

Joanne Morency, Mon visage dans la mer (2011)

Gaspésie à venir

Tu t’en souviens trop bien toi

Que les réfugiés d’hier c’était

Tous les Gaspésiens

Aux portes des villes humides et malséantes

La honte des gagne-petits

La risée des mangeux de morues

Le soleil frileux de la Floride des pauvres

Sylvain Rivière, La Gaspésie par-devant (2011)


Grâce à la position surélevée de sa maison, elle apercevait la baie des Chaleurs par-dessus le village de Carleton. Par temps clair, on devinait la côte du Nouveau-Brunswick. Le soir, des points lumineux y clignotaient faiblement, et elle avait l’impression que des personnes qu’elle ne rencontrerait jamais lui envoyaient des souhaits de bonne nuit, peut-être un signe d’amitié.

Rachel Leclerc, Bercer le loup (2016)

Après mure réflexion, j’oserais même dire réflexion blette, ta mère puis moi, on a décidé de vivre la Bonne Aventure. Ça fait un mois qu’on est déménagés sur le rang Thivierge, que tu m’emmènes prendre des marches en me tirant dehors avec ta poussette. Les discussions philosophiques avec les chevaux, les chiens puis les vaches des voisins. Les pieds de vent qui sortent de la Baie des Chaleurs en montant vers le ciel comme des tours de Pise de lumière.

Philippe Garon, Ton dictionnaire du bout de la Terre (2011)


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La mer est à vivre à bras-le-corps. Penouille, j’aime tes mèches, ta Pointe-à-Navarre, et ton Anse-aux-Cousins. Nous coucherons dans les Bèdes-de-Roche, nous sortirons indiens de l’anse aux fleurs jaunes, nous mangerons de la vache marine à la Pointe-à-la-Faim. Fontenelle, Fontenelle, petite fille qui n’est pas aimée à la Baie-des-Molues, nous irons faire du bruit à la Pointe-à-la-Batterie, nous irons nous régaler à la Pointe-à-la-Frégate.

Françoise Bujold, Lettres à toi qui n’es pas né au bord de l’eau (1979)

2 commentaires, dont
Jacques Gauthier :
jeudi 20 juillet 2023 à 12 h 55
Merci pour ces agates, c’est beau la Gaspésie, d’où je viens.
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