Marx attaque!
Tandis que le monde entier semble basculer à l’extrême droite, la pensée de Karl Marx connait une étonnante résurgence aux États-Unis, tant dans les milieux universitaires que dans l’imaginaire populaire.

Nouvelle chronique! Nouvelles mythologies ausculte les récits du présent. Avec un clin d’œil à Roland Barthes et un soupçon d’ironie, cette série décortique les fragments d’idéologies que cachent les signes, objets et figures qui façonnent nos imaginaires collectifs.
En septembre dernier, le ministre de la Langue française au Québec, Jean-François Roberge, annonçait l’interdiction de l’usage de l’écriture inclusive dans la fonction publique. Son projet: mettre fin à la confusion linguistique. Rien de moins. Comme s’il existait quelque part un français simple et immuable, figé dans un passé immémorial, loin, très loin des points médians.
Cette interdiction hisse le pronom «iel» au rang des toilettes mixtes en termes de débats glissants et désinformés, qui n’ont pour effet que d’attiser la haine. À croire qu’il suffit d’insérer judicieusement un «s» au milieu d’un «toutes» pour faire trembler les franges conservatrices de la classe politique québécoise. Pourtant, des jeux de mots franchement plus malheureux sont le lot quotidien de nombre de publicitaires (bon, OK, j’ai aussi quelques noms de poètes en tête), sans susciter de montée aux barricades de la bienséance linguistique. Un peu plus et on dirait que réinventer la langue n’est socialement acceptable que d’un point de vue économique. À ce sujet, la récente campagne de McDonald’s, qui invite les jeunes à trouver leur «friternité» (hasardeuse pirouette langagière autour de fraternité), rebrousse moins les poils des caquistes qu’un terme épicène comme adelphité (version non genrée de fraternité).
En s’articulant autour de faux enjeux de confusion, d’incohérence et de difficulté grammaticale, la critique de l’écriture inclusive révèle surtout l’intolérance à la différence. Puisque la langue française n’en est pas à la dernière goutte qui fera déborder le vase de ses complexités grammaticales, force est de constater que ces attaques visent surtout à faire taire tout ce qui se dit en dehors de la norme masculine, perçue comme universelle.
En effet, on serait en droit de questionner en quoi, par exemple, l’élève anglophone trouverait moins confondant un celleux qu’un quatre-vingt-dix-sept (soit «four-twenty-ten-seven»). Ou comment le masculin générique serait-il plus cohérent qu’un accord de proximité? Ou encore pourquoi l’accord du participe passé pronominal serait-il plus facile à maitriser sans les doublets abrégés? Et surtout, pourquoi est-ce que ma fourchette rencontre moins d’objections à se voir attribuer le genre féminin qu’une femme trans?
L’obsession de plusieurs idéologues de la droite québécoise pour un français «simple», épuré de tous emprunts, dissimule très mal le désir d’une langue uniforme, masculine et nationale.
Ainsi, ce qui est dépeint comme «confus, incohérent et difficile», c’est moins l’écriture inclusive elle-même—qui n’est ni plus ni moins qu’une particularité de la langue parmi d’autres—que l’autre qu’elle fait voir. «Confus, incohérent et difficile» sont des épithètes fréquemment utilisées pour décrire les femmes et les personnes non binaires que l’écriture inclusive sort des oubliettes grammaticales. Pourtant iels n’ont pas toujours été ce sein qu’il faudrait cacher de la langue de Molière. Le choix de masculiniser les noms de métiers, pour ne citer que cet exemple, arrive seulement au 17e siècle, avec l’institution de l’Académie française.
L’obsession de plusieurs idéologues de la droite québécoise pour un français «simple», épuré de tous emprunts, dissimule très mal le désir d’une langue uniforme, masculine et nationale. Une langue soumise, dont le mot d’ordre est l’exclusion et l’invisibilisation. Une langue de bois pourrie, qui avale ses cadavres au lieu de bâtir des ponts. Une langue dans laquelle on ne peut plus se créer, se rejoindre ou se penser. Une forme fixe, qui lui refuse tout avenir, car, lorsqu’une langue cesse de parler du monde, le monde cesse de la parler.
C’est parce que la vie ne se laisse pas enfermer dans des grammaires et des dictionnaires qu’il faut queerifier et féminiser le langage. En faire des pratiques de résistance contre la domination masculine et la cishétéronormativité. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons danser joyeusement sur le char en feu d’un français trop simple pour nous contenir.
Marie-Christine Lemieux-Couture est candidate au doctorat en sémiologie et s’adonne au bien peu convenable métier d’écrire des livres.

Tandis que le monde entier semble basculer à l’extrême droite, la pensée de Karl Marx connait une étonnante résurgence aux États-Unis, tant dans les milieux universitaires que dans l’imaginaire populaire.

C’est désormais à des catégories sociales entières que s’attaque la droite. Mais nous avons encore le pouvoir de résister au délire psychotique qu’est devenu l’internet.

Comment concilier les deux crises qui nous accablent présentement, soit celles des médias et du climat? Notre chroniqueur a pris le pouls d’un domaine en pleine expansion dans les salles de nouvelles: le journalisme environnemental.

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