Enjeux autochtones: mieux transmettre

Anne-Marie Luca
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Illustration: Audrey Malo
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L’entrevue

Enjeux autochtones: mieux transmettre

Native d’une communauté crie de la Saskatchewan, Nakuset fait partie du Sixties Scoop: entre les années 1960 et 80, des milliers d’enfants autochtones ont été enlevés à leurs parents par le gouvernement canadien pour être placés dans des familles blanches. Adoptée à trois ans par une famille juive qui cherchait à nier ses véritables origines, elle est aujourd’hui directrice du Native Women’s Shelter à Montréal. Elle consacre sa carrière à sensibiliser le plus de gens possible sur les enjeux autochtones.

Vous avez grandi sans connaitre vos origines. Comment vous êtes vous réapproprié votre culture?

Je savais que j’étais Autochtone et j’en étais fière—mais avec prudence, car c’était honteux à l’époque de s’intéresser à cette culture. Mon frère et ma sœur adoptifs étaient blonds, et pour expliquer mes cheveux foncés, mes parents adoptifs voulaient que je me dise Israélienne. À 12 ans, je suis allée à l’école Weston, où il y avait beaucoup d’enfants mohawks de Kahnawake. Ils me ressemblaient. J’avais envie qu’ils m’apprennent leur langue, leur culture… Pourtant, par la suite, j’ai longtemps ignoré mes origines par peur de ne pas être acceptée. Jusqu’à 21 ans, quand j’ai vu le film Danse avec les loups et que j’ai décidé de renouer avec mes racines. J’apprenais de chaque personne autochtone que je côtoyais. J’ai même demandé à un ainé mi’gmaq de me baptiser. Il a choisi le nom Nakuset, qui signifie «soleil». Ma grand-mère adoptive m’a aussi encouragée à rencontrer ma famille biologique.


La population générale est-elle bien éclairée sur les enjeux autochtones?

Non. Par exemple, quand j’étais à l’école, les livres ne parlaient que de choses négatives: l’alcoolisme, la pauvreté, le taux élevé de naissances et la faible espérance de vie. Mes parents adoptifs me disaient que grandir autochtone, c’était devenir drogué ou prostitué. Encore aujourd’hui, la société blanche nous dépeint dans ses films comme étant des perdants, et c’est ce que les gens croient. Y compris les Autochtones eux-mêmes. Pour améliorer ces perceptions, il faut entre autres sensibiliser le ministère de l’Éducation, et valoriser des modèles comme le joueur de hockey Carey Price ou l’acteur Adam Beach.


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En 2008, vous avez cocréé le réseau, dont l’un des mandats est d’aider les organismes œuvrant auprès des Autochtones du Grand Montréal. De quelle façon les aidez-vous à mieux connaitre les besoins de ces peuples?

Une de nos initiatives est un manuel qui s’adresse aux parents d’accueil et aux parents adoptifs d’enfants autochtones. Nous avons également le Projet Iohahi:io, une sorte de Grands Frères Grandes Sœurs, où l’on jumèle des enfants autochtones avec des mentors de la communauté.


L’entente de collaboration que vous avez mise sur pied en 2015 avec le Service de police de la Ville de Montréal aide-t-elle à sensibiliser les policiers à la culture autochtone?

Non. Certains veulent vraiment aider, mais d’autres s’en foutent. Nous avons donné une formation à 120 policiers, mais ils n’ont pas démontré de véritable intérêt. Il reste beaucoup de travail à faire.


Et la relation entre les policiers et les Autochtones?

Quand une femme autochtone disparait, la famille ne veut pas contacter la police. Comment l’amener à le faire? Nous avons créé le Projet Iskweu pour les cas de femmes autochtones disparues ou assassinées, où quelqu’un près de la communauté travaille en liaison avec la police et la famille.


Les femmes qui arrivent à votre refuge sont-elles bien informées à propos des enjeux autochtones?

Ça dépend. Celles qui font partie du Sixties Scoop ne connaissent pas beaucoup leur culture. Même moi, quand je vais dans ma communauté d’origine, j’ai un choc culturel. Mais je sais comment me débrouiller en ville et c’est ce qui manque aux femmes qui ont grandi dans leurs communautés. La ville finit par les écraser.

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