Vision de la vie parfaite

Nicolas Langelier
La Familistèrecredit: Photo: Vincent Desjardins
La Familistère
Photo: Vincent Desjardins
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Vision de la vie parfaite

Les périodes d’incertitude ont toujours été favorables à l’apparition de communautés utopistes. Dans ces endroits un peu (ou beaucoup) hors du monde, des hommes et des femmes ont—pour reprendre les mots de l’écrivain Régis Messac—cherché dans leur imagination ce que la réalité leur refusait.

Des communautés fouriéristes, anarchistes et socialistes du 19e siècle aux villes écolos-intelligentes d’aujourd’hui, survol d’une douzaine de ces endroits où l’on a osé croire à une vie meilleure.

Brook Farm

Où: Boston, Massachusetts (États-Unis)

Quand: 1841–47

Population à son apogée: 92

Concept: Communauté reposant sur le transcendantalisme et le partage des revenus, devant ultimement mener à plus de temps pour les loisirs et la réflexion.

Vie quotidienne: Réveil à l’aube. Dix heures de travail en été, huit en hiver. Loisirs (musique, danse, jeux de cartes, patinage, etc.). À la fin de chaque journée, pratique du «symbole d’Unité universelle»: on forme un cercle en se tenant par la main et on se voue «à la cause de Dieu et de l’humanité».

Principaux problèmes: Ennuis financiers. Incendie.


Le Familistère

Où: Commune de Guise, Aisne (France)

Quand: 1880–99

Population à son apogée: 1 748

Concept: Communauté construite par l’industriel Jean-Baptiste Godin qui, inspiré par les théories du philosophe Charles Fourier, souhaitait offrir un meilleur cadre de vie à ses travailleurs, libérés des préjugés bourgeois.

Vie quotidienne: Coopération. Logement abordable. Participation aux bénéfices de l’entreprise de Godin.

Principal problème: Cooptation par le capitalisme: en 1872, Friedrich Engels qualifie le Familistère d’«expérience socialiste devenue finalement, elle aussi, un simple foyer de l’exploitation ouvrière».


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Communauté de Twin Oaks

Où: Comté de Louisa, Virginie (États-Unis)

Quand: 1967–

Population actuelle: 100

Concept: Écovillage séculier défendant la coopération, l’égalitarisme, la non-violence et le partage des revenus.

Vie quotidienne: Mélange de tâches domestiques et d’emplois rémunérateurs (jardinage, cuisine, réparation de vélos, etc.), en alternance. Versement de la grande majorité de ses revenus à la communauté. Télévision interdite. Petite chambre privée, et autres espaces communs.

Principaux problèmes: Manque d’intimité. Impression d’être prisonnier (les résidents ne peuvent accumuler les économies qui leur permettraient de quitter la communauté).


Auroville

Où: Viluppuram, Tamil Nadu (Inde)

Quand: 1968–

Population actuelle: 2 487 (objectif: 50 000)

Concept: «Ville universelle» où des individus de partout sur Terre cherchent à vivre dans l’harmonie, sans division fondée sur la race, la religion ou l’idéologie.

Vie quotidienne: Contribution au bienêtre de la communauté par son travail et son argent. Efforts constants pour unir l’humanité.

Principaux problèmes: Logement. En 2008, un reportage de la BBC a soutenu que la communauté tolérait les pédophiles (depuis, un organisme de protection des enfants a été mis sur pied).


Cité écologique de l’ère du Verseau

Où: Ham-Nord, Québec

Quand: 1984–90

Concept: Écovillage prônant le respect du vivant, avec un accent particulier sur les méthodes pédagogiques alternatives.

Vie quotidienne: Travail au sein des entreprises locales. Repas collectifs biologiques. Naturopathie. Yoga. Tournois de balle-molle.

Principaux problèmes: Plusieurs enquêtes par les autorités, qui n’ont cependant jamais démontré d’irrégularités. Faillite. (La communauté est aujourd’hui toujours active sous le nom de Cité écologique de Ham-Nord.)


Colonie coopérative de Guyenne, Québec


Finca Bellavista Treehouse Community

Où: Piedras Blancas, Puntarenas (Costa Rica)

Quand: 2006–

Population actuelle: 50

Concept: Au cœur de la forêt tropicale, une communauté autosuffisante perchée dans des cabanes construites au sommet des arbres, où l’on fait la promotion du développement durable et de la «vie pure».

Vie quotidienne: Vie dans la canopée, sans électricité. Végétarisme. Utilisation d’un biodigesteur, obligatoire. Observation des étoiles.

Principaux problèmes: Difficulté d’accès. Cout élevé. Serpents. Moustiques. Animaux qui viennent voler vos provisions, la nuit.


Communauté d’Oneida

Où: Oneida, New York (États-Unis)

Quand: 1848–81

Population à son apogée: 306

Concept: Commune religieuse reposant sur trois principes fondamentaux: l’enseignement par les anciens, le mariage à plusieurs et la rétention de l’éjaculation.

Vie quotidienne: Agriculture. Travail forestier. Mise en commun de ses biens et de sa vie affective et sexuelle.

Principaux problèmes: Tensions internes. Désir du mariage traditionnel. Expériences d’eugénisme. Confiscation par le fondateur du privilège d’initier les jeunes filles. Transformation de la communauté en Oneida Ltée, gigantesque compagnie de coutellerie.


Bauhaus

Où: Weimar, Dessau et Berlin (Allemagne)

Quand: 1919–33

Concept: École combinant l’enseignement des beaux-arts et de l’artisanat, avec comme objectif la production d’«œuvres d’art totales».

Vie quotidienne: Vie, études et repas en commun, étudiants et professeurs mélangés. Recherche de l’équilibre entre le corps, l’esprit et l’âme. Organisation de fêtes complexes et somptueuses, comme les évènements «Barbe, nez et cœur».

Principal problème: Arrivée au pouvoir des nazis, en 1933.


Colonies Amana

Où: Centre de l’Iowa (États-Unis)

Quand: 1855–1932

Population à son apogée: 1 813

Concept: Ensemble de sept villages fondés par un groupe d’Allemands piétistes fuyant les persécutions en cours dans leur pays natal.

Vie quotidienne: Pratique de la vie communale pour le travail (choix de 39 emplois pour les hommes, et de 8 pour les femmes), les repas et la gouvernance. Piété absolue.

Principaux problèmes: Incendie. Ennuis financiers liés à la Grande Dépression. Désir de sécularisme et de liberté. Division de la communauté, devenue la société Amana, qui encore aujourd’hui fabrique des appareils électroménagers.


The Source Family

Où: Hollywood Hills, Californie (États-Unis)

Quand: 1969–77

Population à son apogée: 200

Concept: Commune fondée par Jim Baker (alias Father Yod ou YaHoWha), restaurateur et chanteur du groupe rock Ya Ho Wha 13.

Vie quotidienne: Méditation. Diète végétarienne biologique. Discussions sur des idéaux utopistes. Musique psychédélique. Sexe tantrique.

Principal problème: Décès de YaHoWha dans un accident de deltaplane, en 1975.


Ville internationale de Songdo

Où: Incheon (Corée du Sud)

Quand: 2003–

Population actuelle: 36 000 (objectif: 70 000)

Concept: Cité verte et intelligente bâtie sur un terrain de 610 hectares gagnés sur la mer Jaune. Avec un objectif de 80 000 appartements et de 106 immeubles certifiés leed, c’est le plus grand projet de développement immobilier au monde.

Vie quotidienne: Étude (quatre campus), travail (300 000 emplois), magasinage (dix millions de pieds carrés d’espace commercial). Utilisation de l’une ou l’autre des nombreuses allées piétonnes et pistes cyclables, et du système de collecte pneumatique des déchets. Visite de la réplique de Central Park et des canaux vénitiens, avec leurs taxis aquatiques électriques.

Principaux problèmes: Destruction d’une vaste superficie de vasières accueillant oiseaux aquatiques et migratoires. Aspect artificiel et sans histoire. Absence de diversité culturelle.

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